Pacifisme des Québécois - « Vous avez oublié les zouaves ! »

Notre article de samedi sur le pacifisme des Québécois a suscité plusieurs réactions. Post-scriptum...

Les zouaves pontificaux! Marc Forand, du Bas-Saint-Laurent a raison: il aurait fallu que je mentionne, dans mon texte «Le pacifisme, maladie ou vertu québécoise?», cet épisode de la fin du XIXe siècle québécois. M. Forand estime que c'est là une preuve que les «Québécois peuvent se montrer tout aussi militaristes et sanguinaires que d'autres lorsque la cause leur plaît».

J'avais l'exemple à l'esprit lorsque j'ai écrit que les Québécois auraient «à peu près toujours refusé les solutions violentes». Certains pourraient prétendre que les zouaves, ce fut une sorte de «djihad» des Canadiens français. Quelque 500 hommes furent recrutés à partir de 1868 et 388 allèrent à Rome pour défendre le pape Pie IX, poussé dans ses derniers retranchements au moment de l'unification de l'Italie. Un écrivain, Louis-Edmond Moreau, a parlé de ces soldats comme de «nos croisés». Il reste que très peu d'entre eux prirent part aux combats (sanguinaires, M. Forand?) et aucun n'y perdit la vie.

Malgré la défaite du pape en 1870, ces «fils de Nouvelle-France» (expression de l'écrivain François Lachance) furent accueillis en triomphe au Québec, à leur retour. Une ville fut fondée pour eux, Piopolis («ville du Pape»), en Estrie. Des rues ont été baptisées en leur honneur.

L'Église catholique en lutte contre les «rouges» libéraux, avait exalté cette cause. Une historienne de l'université Laval qui s'y est intéressée, Diane Audy (Les Zouaves de Québec au XXe siècle, Presses de l'UL, 2003), rappelle qu'il y eut des suites à l'aventure de 1868-1870. Une association fut créée en 1899 et perdit rapidement son caractère militaire pour devenir une sorte club social. Dans les années 50, les zouaves étaient au nombre de 2000. En 1984, lors de la visite du pape, ils étaient encore assez nombreux pour faire une garde d'honneur pour le pape Jean-Paul II en visite.

Les Québécois et l'Irak

L'ex-collègue Jocelyn Coulon, maintenant directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, me suggère une autre précision, sur le rôle de l'opinion québécoise dans le refus du gouvernement Chrétien de suivre l'administration Bush dans l'aventure irakienne.

Selon M. Coulon, il est «faux» de croire, comme Michael Ignatieff (que je citais), que l'opinion québécoise a été déterminante.

Dans L'Agression. Les États-Unis, l'Irak et le monde (Athéna, 2004), M. Coulon consacre un chapitre à la décision de Jean Chrétien et se fonde sur la documentation publique et des rencontres régulières avec des ministres, des conseillers de Chrétien et des diplomates: «Jamais je n'ai entendu une seule personne dire que Chrétien avait du mal avec son caucus québécois ou que son opinion était façonnée par celle des Québécois. Il n'existe pas un bout de papier, pas une conversation confidentielle rapportée dans un journal qui puisse soutenir cette position.»

Le général Dallaire

Enfin, M. André Roberge, de Matane, m'écrit que la figure populaire du général Roméo Dallaire (invoquée par le sondeur Michael Adams dans mon texte) est «militaire et forcément non pacifique». Pourtant, lorsque le premier ministre Jean Charest a remis à M. Dallaire l'Ordre national du Québec, en juin 2005, il a livré un «vibrant hommage» à celui qui, à ses yeux, «incarne comme nul autre le pacifisme des Québécois» (selon ce qu'a rapporté Le Soleil).

Pour d'autres commentaires: arobitaille@ledevoir.ca