L'État devrait subventionner l'achat de fruits et de légumes

Afin de faire fléchir les courbes de l'obésité et des maladies du coeur au pays, les gouvernements provincial et fédéral gagneraient à adopter des politiques pour encourager davantage la consommation de fruits et légumes. Comment? En améliorant l'offre et la diversité de ces produits dans les magasins, mais aussi en mettant en place des mécanismes de subvention ou des incitations fiscales pour en réduire le prix, ont proposé hier des spécialistes de la santé publique réunis à Montréal à l'occasion d'une session de formation sur les «nouveautés en obésité» qu'a organisée la faculté de médecine de l'Université de Montréal.

«En analysant le bilan de santé de 52 pays, on s'est rendu compte que la consommation régulière de fruits et légumes peut réduire de 30 % les risques d'infarctus», a expliqué Rafik Habib, médecin de son état et directeur d'un centre de prévention des maladies cardiovasculaires à l'université Laval. «L'activité physique diminue ce risque de 14 %, et la réduction de la consommation d'alcool, de 9%. Ce sont des choses dont il faut tenir compte dans nos campagnes de prévention.»

Pour Johanne Blais, ex-présidente du Collège québécois des médecins de famille et omnipraticienne au Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ), «le gouvernement doit [dans ce contexte] accepter d'encourager, fiscalement ou autrement, les gens qui achètent plus de fruits et légumes ou qui démontrent un intérêt pour les centres de conditionnement physique», a-t-elle expliqué. «Avec de telles mesures, on ferait un grand pas [dans l'amélioration de la condition physique des Québécois].»

Malgré les campagnes incitant les consommateurs à mieux s'alimenter, la malbouffe, qui regroupe l'ensemble des aliments riches en calories mais faibles en nutriments, reste généralement plus abordable dans les épiceries que les fruits et légumes frais non transformés. En effet, une simple mesure de prix effectuée dans un supermarché de Montréal hier a permis de constater qu'à 1,37 $ le litre, la crème glacée napolitaine sans nom demeure moins chère qu'un kilo de pommes Royal gala (3,95 $) ou de poires Rocha (4,39 $). Par ailleurs, avec 3 $, un consommateur peut obtenir plus de pizzas pochettes congelées que de tomates de serre, de poivrons oranges ou de champignons blancs.

Subventions pour faire baisser les prix des ressources maraîchères et fruitières ou pour encourager les potagers privés, incitations fiscales à la consommation... Quelle que soit la forme de cette aide, l'incidence sur la santé publique ne peut être que positive, croit M. Habib, qui cite en exemple la Finlande où, au début des années 70, «le gouvernement a pris, entre autres, des mesures pour stimuler la consommation de fruits et légumes», dit-il. Avec, à la clef, une diminution des crises cardiaques d'environ 75 % en près de 30 ans.

En Grande-Bretagne, un sondage effectué par

BBC — le Radio-Canada du coin — en 2004 a révélé que 80 % de la population était favorable à des subventions visant à réduire le prix de vente des fruits et légumes frais. Un avis que pourraient partager les consommateurs d'ici pour mieux vivre au rythme de la nouvelle mouture du Guide alimentaire canadien. Avec une livraison prévue au début de l'année prochaine, ce document doit mettre davantage l'accent sur un régime riche en fruits et légumes pour vivre sainement, a indiqué hier Chantal Martineau, de Santé Canada.