Mégaprocès des Hells - Une longue et rude bataille s'annonce

Le procès pour meurtre de 13 présumés membres ou associés des Hells Angels se joue comme une partie de football, avec deux équipes adverses se disputant âprement la moindre parcelle de terrain.

Dans la première portion du procès, la Couronne appelle à la barre des témoins les policiers spécialisés en scènes de crime qui se sont rendus sur les lieux des 13 meurtres commis entre 1996 et 2000. Dans un procès normal, cet exercice se déroule de manière plutôt mécanique, le témoin exhibant et commentant des photos au rythme des questions soulevées par la Couronne. Mais le procès des 13 présumés Hells est immunisé contre la banalité.

Le contre-interrogatoire du technicien en scènes de crime Benoît Fortin s'est étiré sur une bonne partie de la journée et a même fait l'objet d'un temps d'arrêt jusqu'à ce matin à la demande de la défense. Le policier de Montréal a pris des photos d'une arme et d'un chapeau retrouvés dans les poubelles de la station de métro Bonaventure, le 20 décembre 1996, dans les heures suivant le meurtre de Pierre Beauchamp, une relation d'affaires des Rock Machine. Interrogé par l'avocat Claude Olivier, M. Fortin s'est contredit sur un certain nombre de faits secondaires, ce qui a fini par impatienter le juge Réjean Paul.

La ligne de contre-interrogatoire adoptée par la défense laisse présager que les 13 avocats des présumés membres des Hells Angels ne rateront pas une occasion de discréditer un témoin de la Couronne, que ses déclarations soient d'une importance secondaire ou non.

Les deux premiers jours du procès ont par ailleurs révélé qu'aucun des avocats de la défense ne restera sur la ligne de mêlée. Contrairement à la plupart des mégaprocès, où un seul plaideur prend le ballon au nom de tous ses collègues, ces avocats interrogent les témoins en blitz. Résultat? L'interrogatoire d'un deuxième technicien en scènes de crime, Martin Lemieux, d'une durée de 20 minutes, a suscité un contre-interrogatoire deux fois plus long.

Ce plan de match n'a rien de répréhensible en droit. Il annonce par contre une longue et rude bataille puisque le jury doit prendre connaissance de 13 scènes de crime. Les pathologistes et les experts en balistique suivront... à une date indéterminée.