Dans la cour des nouveaux riches

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La maison, un lieu qui sert d'abri, qui accueille et protège, serait-elle une chose du passé? Bienvenue dans l'ère du placement immobilier.

Même Moscou «s'occidentalise». Les résidants de la capitale russe pourront eux aussi s'offrir des espaces comme ceux qu'affectionnent les grands capitalistes. Ainsi, un projet en construction, la Tour de la fédération, met en vente des appartements dans ce complexe aux deux tours, l'une de 44 étages réservée à un hôtel de la chaîne Hyatt, et une autre de 93 étages où des appartements s'ajouteront à des commerces, des bureaux ou des restaurants. Ce projet, dont la construction est déjà fort avancée, s'ajoute à 18 autres qui transformeront, sur 250 acres, les rives de la Moskova et refaçonneront, en hauteur comme au sol, un centre-ville qui ne sera plus stalinien que par le souvenir.

À Montréal, on a connu la même aventure. Plus d'un «trou» de la trame urbaine a été comblé et on ne s'étonne plus de voir au centre-ville des édifices de 10, 20, voire 30 étages s'ériger à proximité des rues Sherbrooke ou René-Lévesque.

Et s'il ne s'agissait que de cela. On apprend ainsi qu'une montagne jusque-là «vierge» de Morin-Heights sera bientôt colonisée par un développement résidentiel où, pour un peu plus d'un seul million de dollars (et pour moins de sept aussi), il sera possible d'acquérir un petit manoir tout neuf construit selon ses besoins.

Des prix élevés

On parle d'un ralentissement dans le secteur de la construction résidentielle. Les organismes gouvernementaux et les diverses entreprises vouées à ce marché en font état, faisant écho à la question que plusieurs se posent: «Quand cette folie de constructions de plus en plus onéreuses prendra-t-elle fin?» Et pourtant les nouveaux projets s'accumulent et le marché de la revente fonctionne, avec quelques soubresauts toutefois.

On trouve exceptionnelle toute offre de vente ne dépassant pas les 200 000 $ pour un pied-à-terre urbain et, en même temps, plus d'un prévoit investir des centaines de milliers de ces mêmes dollars dans ce qui constituera à la fois une résidence et un placement pour la retraite.

Dans cette optique, tout devient permis. La fonction résidentielle semble même devenir secondaire. Le ralentissement boursier a d'ailleurs fait constater aux investisseurs que le secteur immobilier affichait de meilleurs rendements. Et plus d'un s'engouffre dans la voie ouverte.

Surévaluation?

À Montréal, on connaît d'ailleurs les conséquences d'un tel mouvement et cela se perçoit dans l'arrondissement Verdun, où la valeur des propriétés a presque doublé. Et on arrive même à considérer «normale» l'évaluation déposée pour les zones dites huppées de la ville: le bond des prix y avoisine là seulement le quart de la valeur d'il y a quelques années.

Et il ne faudrait pas oublier que Montréal, à ce chapitre, est à la traîne des autres grandes villes canadiennes.

Pourtant, dans le passé, on a vu les dangers d'une telle surenchère. Tokyo, là où la valeur immobilière dépassait à un moment celle de tout le parc résidentiel américain, a vécu les affres d'une faillite collective pourtant annoncée: n'empruntait-on point sur la nouvelle valeur déclarée pour acheter des compagnies ou s'offrir une vie plus luxueuse?

Dans un tel contexte, la part des revenus consacrée à l'habitation augmente sans cesse et bientôt il ne sera plus possible, pour qui a des revenus avoisinant ceux générés par un salaire «moyen», d'habiter le centre-ville des grandes agglomérations: des mouvements citoyens naissent ainsi à New York, et plus d'une administration municipale prend du retard dans la mise en place de ces programmes d'habitations à loyer modique: quel constructeur veut d'ailleurs construire quand il sait que le «vrai» argent est ailleurs?

Si, dans le passé, la richesse se percevait au fait que l'on conduise une Cadillac ou une Lincoln, aujourd'hui, elle se mesure à la capacité de s'offrir une résidence qui comptera plus de chambres que nécessaire, un garage pouvant contenir plus d'autos qu'on en possède, et plus de salles de bain que de résidants.

Et pourquoi pas un petit cinéma maison avec fauteuils et bar avec ça? Cela ne devient-il pas une pièce essentielle pour les nouveaux propriétaires (et locataires) de la jeune génération?