Recensement 2001 - Vos jeunes collent à la maison? Consolez-vous, c'est pire ailleurs!

Les Canadiens en général, les Québécois en particulier, vivent de plus en plus seuls. Une façon de faire qui ne semble toutefois pas séduire la jeunesse: les 20 à 29 ans sont toujours plus nombreux à vouloir profiter du toit de leurs parents, révèle le dernier recensement.

D'un recensement à l'autre depuis vingt ans, la proportion de jeunes de 20 à 29 ans qui apprécient le toit familial ne se dément pas et va croissant. En Ontario et à Terre-Neuve, c'est même un jeune sur deux (47 % pour l'un, 51 % pour l'autre) qui loge chez papa et maman.

Si le Québec se retrouve à cet égard légèrement sous la moyenne nationale, on y trouve quand même 39 % de jeunes qui vivent très bien la cohabitation familiale. Au Canada, le taux s'élève à 41 % contre 39 % il y a cinq ans, et 2 7% en 1981!

Ce sont surtout les garçons qui en profitent: 64 % des hommes de 20 à 24 ans sont encore chez leurs parents, contre 52 % des filles — un écart de quelque 10 points qui persiste à la fin de la vingtaine (29 % des hommes, 19 % des femmes).

Ces données, tirées de la troisième tranche du recensement tenu le 15 mai 2001 et qui ont été rendues publiques hier, n'étonnent pas Céline Le Bourdais. Celle-ci est professeure à l'Institut national de la recherche scientifique et directrice du Centre interuniversitaire d'études démographiques. Elle s'est surtout beaucoup intéressée au départ des enfants du foyer parental et à la formation des premières unions.

L'exception dans l'histoire, dit-elle, ce furent les baby-boomers qui ont voulu tôt voler de leurs propres ailes. «Les jeunes d'aujourd'hui ressemblent au fond aux jeunes du début du siècle dernier», dit-elle.

Mais à l'époque, les filles partaient de la maison familiale pour se marier, et les hommes quand ils avaient assez de sous pour faire vivre leur propre famille. Aujourd'hui, plusieurs raisons s'entrechoquent pour expliquer le comportement des jeunes: l'incertitude économique, les études plus longues, la permissivité sexuelle, et les conditions de vie avec papa et maman. Quand on a sa chambre, son auto, son cellulaire, une vie autonome et tous les services fournis, il n'y a rien d'étonnant à vouloir rester au nid.

Et le fait d'occuper un emploi ne fait guère de différence, a constaté Mme Le Bourdais lors d'enquêtes antérieures. Le recensement le laisse voir: le bon état de l'économie canadienne depuis des mois n'a pas eu d'incidence sur le départ en appartement.

Elle ne s'étonne pas non plus que le Québec soit sous la moyenne canadienne. Il y a là, dit-elle, un lien avec le phénomène de l'union libre, si répandu ici. «On sait que 80 % des jeunes Québécois qui vivent en couple sont en union libre, et c'est un type de relation qu'on entreprend beaucoup plus jeune qu'un mariage», explique-t-elle.

L'analyse que Statistique Canada tire du recensement fait par ailleurs voir que quitter la maison ne signifie plus qu'on n'y revient pas. Au contraire, le tiers des hommes et 28 % des femmes de 20 à 29 ans sont retournés vivre avec leurs parents au moins une fois après un premier départ, selon l'enquête sociale générale menée par l'organisme l'an dernier.

Et c'est là la marque de notre époque, note Mme Le Bourdais. Que ce soit pour le passage à l'âge adulte ou à celui de la retraite, «il n'y a plus vraiment d'ordre dans le déroulement des événements. En plus, tout est réversible: on part de la maison, on revient; on travaille, on redevient étudiant puis on travaille à nouveau...»

D'où le fait peut-être qu'il ne faille pas s'affoler face à une donnée pour laquelle le Québec se fait le champion de toutes les provinces: celui du nombre de ménages composés d'une personne seule. C'est le cas de 30 % des ménages québécois contre 25 % au Canada.

Il y a même plus de personnes vivant seules ici que de familles de quatre personnes ou plus (21 % des ménages québécois) — alors que la moyenne canadienne est à égalité (2,9 millions de ménages dans chaque cas). Et les villes canadiennes en tête de liste à ce chapitre se nomment Sherbrooke, Trois-Rivières, Québec et Montréal.

«Il y a une foule d'étapes où l'on peut vivre seul au cours d'une vie. Cela ne veut pas dire pour autant que l'on vit seul pendant toute sa vie», signale Simon Langlois, sociologue de l'Université Laval, en énumérant le temps des études, les ruptures amoureuses et le vieillissement de la population.

Une autre donnée renvoie toutefois à la faible natalité québécoise: sur les 25 municipalités canadiennes de 5000 habitants ou plus où l'on trouve le moins de couples avec enfants, 12 sont québécoises (et 10 de Colombie-Britannique)!

Enfin, le Québec bat un autre record: c'est ici que l'on trouve le plus de gens âgés de 85 ans et plus en institution, soit 44 % des femmes et 33 % des hommes. C'est particulièrement le cas à Trois-Rivières, Sherbrooke et Chicoutimi-Jonquière — qu'on appelle maintenant Saguenay.

Avec la collaboration de Valérie Dufour