Statistique Canada sort du placard - Pour la première fois, les couples de même sexe ont leur colonne de chiffres

Journée charnière, hier, pour les membres de la communauté homosexuelle du pays. Statistique Canada a en effet publié pour la première fois de son histoire des données sur leur vie amoureuse.

Selon le recensement mené en 2001, il y aurait 34 200 couples de même sexe, soit 0,5 % des 8,4 millions de couples canadiens. Et puisqu'ils n'ont pas le droit de se marier, les homosexuels représentent 3 % des couples en union libre.

Mais attention, avertit l'organisme fédéral, ces données ne sont pas une estimation du nombre total de gays et lesbiennes, car le recensement ne posait pas de question sur l'orientation sexuelle. En fait, il représente plutôt le nombre de couples de même sexe s'étant identifiés comme des conjoints de fait. Il n'y a donc rien sur les homosexuels célibataires ou vivant séparément de leur copain ou de leur copine.

Leur poids démographique serait ainsi fortement sous-représenté. «Un maigre 0,5 %, ce n'est pas beaucoup, n'est-ce pas?», lance Laurent McCutcheon, de la Table de concertation des gays et lesbiennes. «Il faut comprendre que la réalité homosexuelle n'incite pas les gens à vivre en couple ou à s'afficher comme tel.» Il cite plusieurs études établissant que la proportion d'homosexuels se situe entre 6 % et 10 % de la population, soit de 1,8 à trois millions de personnes.

M. McCutcheon admet cependant que l'inclusion des couples homosexuels dans le recensement est un pas en avant, même s'il faudra du temps avant que les données recueillies représentent la réalité. «Ceux qui ont répondu qu'ils vivaient en union libre sont ceux qui vivent ouvertement leur homosexualité au travail, avec leur famille, avec leurs amis. On sait que le questionnaire est confidentiel, mais il y a des gens qui ne sont pas rendus à cette étape dans leur affirmation et qui vont dire qu'ils restent avec un coloc.»

N'empêche que les données canadiennes se comparent à celles recueillies depuis quelques années par d'autres pays. Le recensement américain mené en 2000 a démontré qu'environ 1 % des couples étaient formés de deux personnes du même sexe (un bond de 0,7 % par rapport à 1990). De son côté, la Nouvelle-Zélande a présenté un taux de 0,6 % en 2001.

«Avant 2001, les homosexuels n'avaient d'autre choix que de cocher la case "célibataire" quand on leur demandait leur statut marital», souligne le directeur général du groupe Equality for Gays and Lesbians Everywhere (EGALE), John Fisher. «Le recensement lance le message que nous sommes normaux, que nous faisons partie du tissu social canadien, que nous sommes ici pour rester et que les gouvernements et les tribunaux doivent assumer leurs responsabilités.»

Les trois provinces où l'on retrouve le plus grand nombre de couples de même sexe sont l'Ontario

(12 505), le Québec (10 360) et la Colombie-Britannique (5790). Terre-Neuve arrive en queue de peloton avec la plus faible proportion de couples homosexuels, soit 180 couples homosexuels sur un total de 154 385 couples mariés ou vivant en union libre (0,1 %).

De plus, les données du recensement révèlent que les couples de même sexe choisissent à 81 % de vivre dans une région urbaine comme Toronto, Montréal, Vancouver, Ottawa ou Calgary. «Il est plus difficile de vivre son homosexualité dans de petites communautés», croit Laurent McCutcheon. «Les gens ont tendance à migrer vers les grands centres. Moi-même, qui suis un militant de longue date, j'aurais de la difficulté à vivre à l'extérieur de Montréal. Ailleurs, la vie culturelle et communautaire est limitée. Dans une grande ville, il y a plus d'anonymat.»

Enfin, le recensement montre que davantage de couples de lesbiennes élèvent des enfants à la maison. «Environ 15 % des 15 200 couples féminins vivent avec des enfants, comparativement à seulement 3 % des couples masculins», souligne Statistique Canada. La vaste majorité des couples homosexuels vivent donc à deux, sans enfant.

En 2003, Statistique Canada prévoit inclure une question sur l'orientation sexuelle lors de son enquête sur la santé des Canadiens.

Avec Canadian Press