Coderre décidera du sort du couple algérien

Le dossier de Yakout Seddiki et Mourad Bourouisa, ce couple algérien qui a défié un avis d'expulsion, est sur le bureau du ministre Denis Coderre, qui examine des «éléments nouveaux» pour décider d'ici la fin de la semaine s'ils auront droit de demeurer ici pour des motifs humanitaires.

Pendant ce temps, Immigration Canada reconnaît clairement avoir réfuté l'avis médical du médecin traitant de Yakout Seddiki — selon lequel voyager maintenant comportait des risques importants pour sa santé et sa grossesse — sans pour cela qu'aucun médecin de Santé Canada n'ait rencontré la patiente et ne lui ait fait subir d'examen physique.

«Lorsqu'une personne nous apporte un document médical qui indique qu'il peut y avoir un problème de santé si cette personne devait retourner et prendre un avion, on réfère ces documents à un médecin de Santé Canada et on lui demande une expertise», a expliqué hier Robert Gervais, porte-parole d'Immigration Canada. «Dans le cas de madame, ça a été fait, et le médecin de Santé Canada nous a retourné un avis disant que madame pouvait voyager.»

Yakout Seddiki, âgée de 36 ans, en est actuellement à sa 14e semaine de grossesse, une deuxième grossesse plutôt difficile et qui conduit son médecin, le Dr Davis Morris, à recommander qu'elle ne voyage pas. Cet avis a été réfuté par un médecin de Santé Canada qui a examiné son dossier médical, sans plus, une procédure habituelle, explique Robert Gervais. «Parfois, le médecin rencontre le patient, cette fois-ci, c'est un avis qui était simplement basé sur la documentation, le dossier médical de la patiente.»

Cette pratique d'Immigration Canada indispose l'avocat du couple Seddiki-Bourouisa, William Sloan, qui ne voit pas comment on peut juger de l'état de santé de quelqu'un sans même l'avoir vu. Ce dossier médical, en plus de coupures de journaux sur la violence qui prévaut encore dans les villes algériennes, de même que des avis médicaux sur les symptômes pré-asthmatiques de Ahmed, le petit garçon de deux ans du couple, ont été récemment transmis à Immigration Canada. Il s'agit peut-être là de quelques-uns des «éléments nouveaux» auxquels le ministre de l'Immigration Denis Coderre faisait allusion hier, et sur lesquels il s'appuiera pour décider si la famille doit être effectivement expulsée ou peut rester au pays.

Ni le ministre ni les porte-parole d'Immigration Canada n'ont toutefois voulu s'aventurer plus loin, ne précisant pas la nature des éléments évalués par le ministère pour donner suite ou non à la demande de statut de réfugié pour motifs humanitaires.

«Il y a des éléments nouveaux qui me permettent de regarder l'ensemble de la situation», a expliqué hier le ministre de l'Immigration, Denis Coderre, depuis Ottawa. «J'ai accepté de regarder les cas spécifiquement.» Concernant ce couple précis, sur lequel le ministre n'a pas commenté davantage, une décision doit être prise avant la fin de la semaine.

Quant au reste, M. Coderre maintient sa décision, prise en avril, de lever le moratoire qui permettait aux ressortissants algériens sans statut de réfugié de demeurer au Canada pour de strictes raisons de sécurité. S'il précise que «chaque cas est spécifique», il évoque l'importance de faire la nuance entre réfugié et immigrant et il met le cap sur cet objectif: «Trouver l'équilibre entre l'ouverture et la vigilance.»