Bernard Landry à Londres - La souveraineté ne menace pas les investissements

Londres — Dans une visite éclair, à l'occasion du 40e anniversaire de la Délégation générale du Québec à Londres, le premier ministre Bernard Landry a expliqué au milieu des affaires britannique que le débat national québécois ne menaçait pas les investissements. Reçu en grande pompe à Mansion House, la résidence du Lord Mayor de la City, le quartier des affaires, le premier ministre a été applaudi par 350 personnes, essentiellement des hommes d'affaires.

Mansion House est le lieu où le chancelier de l'échiquier (le ministre des Finances) Gordon Brown prononce périodiquement son discours sur l'état de l'économie. Sortant de son texte, Bernard Landry a déclaré que «le Québec est une nation avec toutes les caractéristiques d'une nation qui cherche sa place dans le concert des nations».

En énumérant les succès économiques québécois, Bernard Landry répondait indirectement à une polémique qui s'est récemment développée au Royaume-Uni concernant le Québec et l'Écosse. Critiquant le parti indépendantiste écossais, le Scottish National Party, le premier ministre travailliste écossais, Jack McConnell, a cité l'exemple du référendum québécois de 1995 qui aurait, disait-il, provoqué le chaos économique.

Le délégué général du Québec à Londres, Daniel Audet, avait répondu publiquement dans les médias que les chiffres contredisaient cette affirmation. De 1995 à 2000, la plupart des indices économiques sont à la hausse, dit Bernard Landry avant d'ajouter que les exportations du Québec vers le Royaume uni ont justement augmenté de 140 % durant cette période.

«L'image du Québec ressort grandie de la polémique sur l'Écosse», dit Bernard Landry qui ajoute que même pendant l'année référendaire les indices économiques se sont améliorés. «Ça met un point final au débat. Une nation peut très bien organiser démocratiquement son avenir sans que son économie n'en souffre.»

La présence du premier ministre à Londres a aussi des buts économiques. Une dizaine de représentants d'entreprises québécoises accompagnent Bernard Landry. Le premier ministre a accordé des interviews à deux prestigieuses publications économiques britanniques, The Financial Times et The Economist.

«La croissance de ces quinze dernières années au Québec me surprend. C'est un lieu dynamique où investir», a déclaré après le discours de Bernard Landry, John Smith, directeur des opérations de Magnesium Electro, une entreprise qui s'apprête à investir au Québec.

«Bernard Landry oublie de mentionner que le Québec est solidement intégré à l'environnement canadien. Le mot Canada n'a même pas été mentionné», disait Howard Smith qui conseille des entreprises québécoises désireuses d'investir en Grande-Bretagne. Mel Cappe, haut commissaire (ambassadeur) du Canada à Londres était dans la salle. Il n'a rien trouvé à redire au discours de Bernard Landry.

En fin de journée, la ministre des Relations internationales Louise Beaudoin a prononcé une allocution sur la diversité culturelle au Royal Institute of International Affairs. Louise Beaudoin a été présentée par le député travailliste de Londres Martin Linton. Elle a d'ailleurs comparé le Parti québécois au New Labour, le parti travailliste entièrement rénové par Tony Blair.

Espionnage

Dans la matinée, Bernard Landry avait réagi au livre de l'historien Steve Hewitt qui soutient que Pierre Elliott Trudeau avait demandé à la GRC d'espionner le Parti québécois. Rappelant les arrestations d'octobre 1970 et le vol des listes de membres du parti, il s'est déclaré surpris que l'opinion publique du Canada ne se scandalise pas davantage de ce genre de choses.

«Aux États-Unis, pour avoir été voir dans des listes de financement, on a eu le Watergate et la démission du président. Au Canada, on vole les listes de membres d'un parti politique légal et personne ne semble particulièrement perturbé.»