Dix ans après le référendum de 1992 - Plus de Québécois voteraient aujourd'hui en faveur de l'Accord de Charlottetown

Si on le leur demandait aujourd'hui, les Québécois seraient plus nombreux qu'en 1992 à se prononcer en faveur de l'Accord de Charlottetown, révèle un sondage publié conjointement par la firme Environics/Focus Canada et l'Association d'études canadiennes à l'occasion du dixième anniversaire du référendum national sur l'avenir constitutionnel du pays.

La moitié des Québecois ayant participé à l'enquête ont affirmé qu'ils voteraient «Oui» si on leur offrait «la possibilité de reconnaître constitutionnellement le Québec comme société distincte et de ratifier cette reconnaissance, le droit inhérent des autochtones d'avoir un gouvernement autonome et un sénat élu et égal». Pourtant, en 1992, seuls 43,4 % en avaient fait autant.

Selon Jack Jedwab, directeur général de l'association, la popularité accrue de la proposition constitutionnelle de Charlottetown est notamment attribuable au soutien des 18 à 29 ans, qui ont été les plus nombreux à l'appuyer lors du sondage. «L'immense majorité des personnes de ce groupe d'âge n'étaient pas assez vieux pour voter en 1992. Ils n'ont donc pas été influencés par la campagne qui a fait échouer l'Accord», soutient-il.

Mais à l'échelle canadienne, les jeunes ne suffisent pas à faire pencher la balance. L'étude menée auprès de 2001 personnes d'un océan à l'autre donne en effet des résultats quasi identiques à ceux du référendum de 1992. Ainsi, 54,3 % des répondants auraient dit «Non» tandis que 36 % auraient dit «Oui». Les 10 % restants ont refusé de se prononcer. En 1992, le camp du «Non» l'avait emporté avec... 54 % des voix.

M. Jedwab se dit peu surpris de ces résultats. «Notre sondage indique aussi qu'une majorité de Canadiens croient toujours que l'adoption de l'Accord de Charlottetown aurait conduit le pays dans un cul-de-sac et aggravé les tensions, souligne-t-il. Dans ce contexte, il n'est pas étonnant qu'ils se disent contre.»

À son avis, l'étude d'Environics/Focus Canada montre bien qu'il serait vain de vouloir régler la question constitutionnelle aujourd'hui puisqu'une démarche de réconciliation nationale donnerait le même résultat aujourd'hui qu'il y a dix ans. «C'est cyclique c'est choses-là. Mais actuellement il n'y a pas d'intérêt pour ça», dit-il.

C'est aussi ce que croit le politicologue Christian Dufour, de l'École nationale d'administration publique (ENAP). «Il n'y a pas de véritable débat sur l'avenir du Canada ces temps-ci. C'est pourquoi je trouve l'exercice de l'Association d'études canadiennes futile et un peu surréaliste.»

En effet, «l'Accord de Charlottetown était très complexe. Comment peut-on résumer cela en trois lignes?, dit-il. Et puis cela n'a pas beaucoup marqué l'opinion publique, à la différence du lac Meech, par exemple. Les gens ne doivent plus se souvenir des enjeux.»

La survivance du «Trudeauisme»

M. Dufour juge cependant plus intéressante la deuxième partie du sondage qui porte sur l'image qu'ont les Canadiens de leur pays. Selon les opinions recueillies par les sondeurs, plus de 60 % des Canadiens voient encore leur pays comme l'a défini Pierre-Eliott Trudeau, c'est-à-dire comme «un pays multiculturel avec deux langues officielles». Environ 20 % le conçoivent plutôt comme «une fédération de plusieurs nations consistant en trois nations: la québécoise, la canadienne-anglaise et les nations autochtones» tandis que 13 % disent que leur pays est caractérisé par «deux peuples fondateurs».

Selon le politicologue, ces résultats étaient prévisibles, à cause de la force du conformisme. «Le pays défini par Trudeau est celui dans lequel on vit. Les deux autres visions ne correspondent pas à la réalité d'aujourd'hui, fait-il remarquer. Or, 40 % des gens les adoptent quand même. C'est donc qu'il y a beaucoup de gens qui remettent en cause le système actuel.»

Mais son collègue Jack Jedwab a une autre explication. «Ce qu'on remarque c'est que, malgré ce qu'ont l'air de croire les politicologues, l'idéal de Trudeau survit bien parmi la population canadienne», insiste-t-il. En fait, parmi les sous-groupes sondés, les partisans du Bloc Québécois semblent les seuls à rêver de la création d'une fédération d'au moins trois nations.

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