Les gais au travail : il reste encore bien du chemin à faire

Des gains ont été effectués, mais il reste du chemin à faire en matière de respect des droits des lesbiennes, des gais, des bisexuels et des transgenres (LGBT) dans le monde du travail, ont mentionné hier la CSN, la FTQ et la CSQ lors de l'ouverture de la troisième conférence internationale «Workers Out».

Selon le président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Réjean Parent, de 10 à 15 % seulement des enseignants homosexuels au Québec osent afficher leur orientation sexuelle. «Les professeurs homosexuels ont peur de se faire violenter», a-t-il affirmé. De façon générale, les enseignants sont parfois déjà aux prises avec un problème de violence dans les écoles secondaires et certains élèves nourrissent des préjugés à l'endroit des homosexuels, a-t-il dit. Des parents seraient de plus réticents à ce que leur enfant soit dans la classe d'un professeur gai, certains d'entre eux faisant l'amalgame entre homosexualité et pédophilie.

La CSQ pense par ailleurs que l'homosexualité pourrait être un facteur de décrochage scolaire. Elle se donne deux mandats: faire de l'éducation auprès des élèves pour faire reculer l'homophobie et améliorer la condition des travailleurs LGBT. Dans le cadre de son plan de lutte national à l'homophobie en milieu scolaire, elle a créé deux tables nationales, qui commenceront leurs activités cet automne. Pour M. Parent, le combat pour la reconnaissance et le respect des droits des LGBT est «du même ordre que le combat de Thérèse Casgrain pour le droit de vote des femmes et de Martin Luther King pour la défense des droits des Noirs».

Égalité juridique et égalité sociale

Le secrétaire général de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), René Roy, croit lui aussi qu'il reste encore beaucoup à faire en matière de défense des droits des LGBT. «On n'ose plus congédier quelqu'un parce qu'il est homosexuel, mais on peut lui montrer qu'il n'a plus sa place dans l'entreprise, par le biais de critiques non fondées», a-t-il déclaré.

La secrétaire générale de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Lise Poulin, abonde dans le même sens. Elle a mentionné que si l'égalité juridique était acquise au Québec, «on n'avait pas atteint l'égalité sociale». Elle a aussi souligné que le premier ministre Stephen Harper avait ouvert la porte à la remise en question du mariage gai et qu'il n'avait toujours pas accepté de faire acte de présence aux Outgames. Mme Poulin a fait valoir que le mouvement syndical défend les droits des gais. Elle a mentionné que les syndicats, dont le sien, avaient réussi à faire en sorte que, dans plusieurs conventions collectives, les conjoints de même sexe aient les mêmes droits que les conjoints de sexe opposé en matière d'assurances et de régimes de retraite. La CSN entreprendra en outre une campagne de sensibilisation en milieu de travail.

Plan d'action

Les centrales syndicales ont présenté hier aux délégués à la conférence un plan d'action, qui sera sujet à discussion. Le plan dans sa forme actuelle recommande notamment «la reconnaissance par les organisations syndicales des droits des LGBT et de la lutte contre l'homophobie et la transphobie comme un enjeu de premier plan», la «mise sur pied de comités de défense des droits des LGBT au sein de chacune des organisations syndicales» et la «négociation de clauses de convention collective bannissant toute forme de discrimination en raison de l'orientation sexuelle, l'identité des genres et la diversité sexuelle».

Une fois le plan modifié au besoin et adopté par les délégués, les organisations syndicales souhaitent qu'il soit repris par l'Organisation internationale du travail (OIT). Cela n'est pas gagné d'avance, a toutefois mentionné Mme Poulin. L'organisation compte 147 pays membres, dont certains ne sont pas enclins à défendre la cause des homosexuels, a-t-elle dit.