Afrique, Asie, Amérique du Sud et Europe de l'Est - Des droits bafoués et violés

Les communautés gaie, lesbienne, bisexuelle et transgenre (LGBT) ne bénéficient pas des mêmes droits humains d'un endroit à l'autre de la planète. Dans plusieurs pays africains, asiatiques, latino-américains et européens de l'Est, certains droits essentiels ne leur sont tout simplement pas accordés ou sont systématiquement violés.

Ces droits, qui sont appliqués et respectés dans une large mesure au Canada, aux États-Unis, en Europe de l'Ouest, en Afrique du Sud, en Australie et en Nouvelle-Zélande, reposent sur trois paramètres de base: celui d'être protégé contre la violence d'État et la violence privée, celui de la liberté d'expression, d'assemblée et d'association, ainsi que celui sur la liberté de pratiquer une activité sexuelle avec un ou une partenaire de même sexe.

Maître Alice Nkom est avocate au Barreau du Cameroun depuis 37 ans. Elle est profondément engagée dans des causes majeures comme la lutte contre le sida et la mise en valeur des droits humains et de la démocratie. Elle est de plus la présidente fondatrice de l'Association pour la défense des homosexuels au Cameroun (ADEFHO). Il y a plus d'un an, elle épousait la cause d'un groupe de jeunes hommes que le ministère public avait envoyé derrière les barreaux pour crime d'ordre sexuel: «Je viens de terminer la première étape de la défense de neuf Camerounais présumés homosexuels qui, après avoir été placés sous mandat de dépôt le 1er juin 2005, ont bénéficié d'un jugement en vertu duquel le tribunal de première instance de Yaoundé leur a permis de recouvrer leur liberté le 12 juin 2006, soit après 12 mois et deux semaines de détention.»

Ces personnes avaient été arrêtées au cours d'une rafle dans un bar impliquant plus de 30 personnes; les plus fortunées ont pu s'en tirer en payant le prix nécessaire, mais neuf d'entre elles ont été mises en accusation par un procureur homophobe qui a pris les mesures légales pour les jeter en prison sans preuves appropriées. L'un des inculpés décédera le jour de sa libération à la suite de la dégradation de son état de santé durant son séjour derrière les barreaux. De son côté, le plus jeune détenu a subi des actes de violence et des agressions en prison.

La loi et l'homosexualité

Au Cameroun, l'article 347 du Code pénal punit et réprime celui qui a un rapport sexuel avec une personne du même sexe. Les peines à encourir peuvent aller de six mois à 15 ans d'emprisonnement, sans compter une amende de 20 000 à 200 000 francs CFA (1 euro = 655,96 francs CFA). Cet article est issu d'une ordonnance datant de 1972, qui est en opposition avec un autre article adopté en 1996 et portant sur la révision de la Constitution; celui-ci réserve à la seule loi votée par le Parlement l'exclusivité de la détermination des crimes et des délits ainsi que des peines et des procédures. Maître Nkom élabore: «Dans un système normatif cohérent, cette ordonnance de 1972 ne peut pas servir de base légale à une condamnation dans la mesure où elle est illégale et en parfaite opposition avec la loi précitée, qui lui est supérieure.»

L'avocate cite en exemple la militante noire américaine Rosa Parks, qui lutta en Arizona contre la ségrégation entre Blanc et Noirs dans les autobus en défiant la loi dans les années 1950. Elle plaide en ces mots: «Il faut que nous nous transformions en Rosa Parks pour obtenir la dépénalisation de l'homosexualité en tant qu'orientation sexuelle illustrant simplement et parfaitement la beauté de la création, mais aussi comme étant un droit humain fondamental et sacré dont le respect s'impose à tous.»

Elle déplore d'ailleurs que les magistrats du parquet et du siège lisent et appliquent l'article 347 sans en examiner le fond par rapport aux autres textes et normes législatifs, telle la loi de 1996.

Un contexte défavorable

Il y a quelques mois, une liste de 50 présumés homosexuels, des dirigeants identifiés comme étant les responsables de tous les maux accablant le pays, était rendue publique. Au même moment, certains récupéraient cette information incendiaire pour déstabiliser un régime présenté comme l'incarnation même de l'homosexualité. Peu de temps auparavant, l'évêque de Yaoundé, Tonye Bakot, avait à son tour fustigé les homosexuels dans une longue homélie. Comment expliquer que les gais du Cameroun soient en quelque sorte devenus les boucs émissaires de toute une société? «Le pays vit des moments extrêmement difficiles sur les plans économique et social, ce qui peut, à mon avis, expliquer les dérives qu'on a connues ces jours-ci», répond Mme Nkom. «En janvier et en février 2006, les Camerounais étaient dans l'attente de la conclusion de l'initiative prise envers les pays pauvres et très endettés, au lendemain des fêtes de fin d'année qui s'étaient déroulées dans un climat de morosité visible. La population est aux prises avec la pression fiscale, la hausse des prix des produits de première nécessité et, surtout, avec le chômage.»

Dans le concert de dénigrement envers cette minorité, l'Association de défense des homosexuels, qui existe depuis trois ans et dont elle est la fondatrice et présidente, est sortie de l'ombre. «Elle a fait entendre sa voix dans ce débat public et houleux qui s'est déroulé sous ses yeux. Nous avons attiré l'attention des populations sur les neuf personnes qui croupissaient en prison dans l'indifférence totale.» Une lettre ouverte a aussi été adressée à l'un des journaux qui avait publié la liste suspecte.

Les jeunes du mouvement ont organisé une conférence dont le thème était «L'homosexualité: nature ou perversion. La répression est-elle la réponse?» De nombreuses personnes ont été interpellées par ce questionnement.

Visions de continents

La juriste pose ce constat: «En Afrique et en Asie, le problème de l'homosexualité constitue un sujet généralement tabou. Ceux qui le sont gardent le silence par crainte d'être rejetés. Ceux qui ne le sont pas tentent de cacher qu'il existe dans leur entourage un être cher qui l'est, de peur de s'attirer le mépris, les insultes et les quolibets, par crainte d'être confondus avec lui et déconsidérés. Alors, tout le monde préfère instaurer la loi de l'"omerta".»

Elle poursuit: «Les sociétés africaines sont de celles qui sont plus traditionalistes que modernes et on ne peut pas nier que la culture influence sérieusement la perception de ce problème par les uns et les autres. Tout comme la religion, d'ailleurs. Il faut se souvenir qu'ici, c'est bien un évêque qui a entrepris la croisade homophobe en décembre 2005; il était lui-même influencé par la vision papale, dont il dépend hiérarchiquement.»

Pour améliorer le sort de cette minorité condamnée sur les plans culturel et religieux, elle croit nécessaire de renforcer les capacités d'action des associations en faveur des homosexuels. Les populations doivent être davantage sensibilisées et informées sur la réalité homosexuelle. Des lieux de rencontre et des centres d'activités pour homosexuels devraient être mis sur pied pour éviter les situations d'affrontement et de violence. De plus, les jeunes Africains auraient intérêt à effectuer des séjours dans d'autres pays, qui sont plus évolués en matière des droits humains des minorités sexuelles, pour apprendre à s'organiser et à se structurer pour le combat à livrer.

L'avocate ajoute: «Il faut montrer des modèles de réussite, de savoir et de beauté, pour susciter fierté et espoir. Pour le moment, on doit absolument renforcer les capacités d'intervention, d'action et de soutien des ONG opérant en faveur de cette minorité.»

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