Irak - Maliki réclame une enquête sur les crimes des soldats américains

Bagdad — Le premier ministre irakien Nouri al-Maliki a réclamé hier l'ouverture d'une enquête nationale indépendante sur le viol d'une adolescente et le massacre de sa famille par des soldats américains.

«Nous n'acceptons pas l'atteinte portée à l'honneur du peuple irakien, comme c'est le cas dans cette affaire. Nous croyons que l'immunité accordée aux forces internationales les a encouragées à commettre de tels crimes de sang-froid, et [...] il faut que cette immunité soit revue», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse alors qu'il effectuait une visite au Koweït.

Il a demandé que l'Irak ait à tout le moins le droit de participer aux recherches menées par les forces multinationales sur les circonstances de ces crimes.

L'ancien soldat Steven Green a été inculpé pour le viol d'une adolescente et le meurtre des membres de sa famille aux environs de Mahmoudiya, une localité proche de Bagdad, crimes qu'il aurait accomplis en compagnie de trois autres soldats. Cette affaire risque de ternir davantage l'image des États-Unis en Irak après plusieurs massacres de civils où la responsabilité de militaires américains est mise en cause.

Maliki a néanmoins repoussé l'hypothèse que ces crimes puissent entraîner un retrait anticipé des troupes américaines. «La question de la présence de ces forces et de leur retrait ne peut pas être assujettie à cela même si nous le condamnons, le dénonçons et le rejetons.»

Le mois dernier, 1595 corps ont été déposés à la morgue centrale de Bagdad, un niveau jamais atteint depuis l'attentat à la bombe contre le sanctuaire chiite de Samarra, en février.

Ce chiffre, rapporté hier par un responsable de la morgue, démontre que les violences n'ont pas diminué, même après la mort de l'ancien émir d'al-Qaïda en Irak, Abou Moussab al-Zarqaoui, tué le 7 juin dernier dans un raid américain.

La morgue de Bagdad a reçu 1375 cadavres en mai et 1155 en avril, la plupart présentant des blessures par balle à la tête, symboliques des règlements de comptes entre chiite et sunnites, a précisé Abdoul Razzak al-Obaidi, directeur adjoint de l'établissement.

L'attentat, qui a détruit en février le dôme de la mosquée chiite de Samarra, avait déclenché une vague de violences interconfessionnelles à travers le pays.