Montréal, ville de la pauvreté

Québec - La pauvreté est plus coûteuse à Montréal que partout ailleurs au Québec. La métropole doit donc profiter d'un statut particulier dans le cadre la stratégie nationale contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Explications des représentants de la municipalité et de différents groupes sociaux et économiques.

Montréal connaît plus que n'importe quelle ville québécoise des problèmes criants d'itinérance, de prostitution, de toxicomanie, de décrochage scolaire, de logement, tous liés de près à la pauvreté? Alors, pour ces raisons, la Ville de Montréal devrait bénéficier d'un statut particulier dans la stratégie nationale de lutte à la pauvreté et recevoir 35 % de l'enveloppe du futur Fonds spécial dédié à la cause.

C'est ce qu'ont revendiqué hier des représentants de la métropole devant la commission des affaires sociales, qui étudie depuis le 1er octobre le projet de loi 112 visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Comme plus du tiers des Montréalais sont des personnes à faible revenu (moins du quart le sont dans toute la province), la Ville de Montréal devrait recevoir sa juste part du Fonds spécial qui serait créé par l'adoption du projet de loi. «La part du budget attribuée à Montréal devrait être égale à la proportion de Montréalais qui sont prestataires de la sécurité du revenu par rapport à l'ensemble du Québec, c'est-à-dire près de 35 %», a fait valoir Louise O'Sullivan Doyne, membre du comité exécutif de la Ville de Montréal et responsable politique du développement social et communautaire.

Pour faire valoir leur point de vue, les représentants de la ville ont brandi des statistiques peu reluisantes: 126 000 ménages montréalais, le quart des locataires de l'île, déboursent plus de la moitié de leur revenu au paiement du loyer; les immigrants, plus nombreux à Montréal, représentent le tiers de personnes vivant à faible revenu dans la métropole et constituent donc une forte proportion des personnes pauvres du Québec.

Qui plus est, cinq autres groupes sociaux, communautaires et économiques de Montréal sont venus hier tour à tour rappeler les problèmes criants vécus plus spécifiquement à Montréal, dont le phénomène des jeunes dans la rue et des quartiers défavorisés. «La ville demande que le gouvernement du Québec reconnaisse le caractère particulier de la pauvreté sur son territoire et, par conséquent, le rôle central que doit jouer la municipalité dans la lutte contre la pauvreté et l'exclusion», a affirmé Mme O'Sullivan Boyne. C'est pourquoi l'administration montréalaise désire être le maître d'oeuvre des projets luttant contre la pauvreté sur son territoire, ce qui se veut un bémol à la stratégie ouvertement nationale préconisée par Québec dans le projet de loi 112.

Pour une loi plus contraignante

Depuis le début de la consultation générale sur le projet de loi 112, plusieurs groupes sociaux et communautaires entonnent le même air. Si le projet de loi se révèle un outil fort important et prometteur, il reste toutefois qu'il contient peu de cibles précises, ne garanti pas des moyens financiers nécessaires et reste peu contraignante pour le gouvernement.

Tant et aussi longtemps que ses défauts ne sont pas corrigés, le Front d'action populaire en réaménagement urbain a notamment affirmé mardi qu'il «dénoncera la stratégie gouvernementale comme n'étant rien d'autre que du vent» et «ne pourra pas appuyer l'adoption du projet de loi». Les groupes sociaux, comme le FRAPRU ou encore le Conseil du statut de la femme, ont réclamé des mécanismes de suivi adéquats et des mesures qui contraignent le gouvernement à respecter les engagements contenus dans le projet de loi. Autrement, «avec une telle loi, le prochain gouvernement, qu'il soit péquiste, libéral ou adéquiste, pourra faire ce qu'il veut», a affirmé Lucie Poirier, porte-parole du FRAPRU.

Les groupes sociaux souhaiteraient des engagements clairs avec des échéanciers qui le seraient tout autant, notamment au sujet de l'établissement d'un barême-plancher de l'aide sociale, en-dessous duquel le montant des prestations, en raison de sanctions ou de prélèvements pour rembourser des sommes payées en trop, ne peut pas tomber.