Les moustiques envahissent Montréal

Attraper la piqûre de Montréal, au sens propre, n'aura jamais été aussi facile, tant pour les touristes qui débarquent en ville que pour les personnes qui vivent dans la métropole à longueur d'année.

La raison? Poussés par des conditions climatiques propices, les moustiques piqueurs touchent cette année plusieurs secteurs de la ville habituellement épargnés par ces désagréables insectes. Une situation jugée «inhabituelle» mais prévisible par plusieurs entomologistes, qui ne s'étonnent pas vraiment de voir des hordes de maringouins établir leurs quartiers d'été au centre-ville.

«La saison estivale a, pour le moment, été marquée par beaucoup de précipitations», indique le biologiste Jean-Pierre Bourassa, du Groupe de recherche sur les insectes piqueurs de l'Université du Québec à Trois-Rivières. «Conséquence: les eaux stagnantes, où les larves de moustiques se développent, se sont multipliées partout, en ville comme à la campagne. Et comme les périodes d'ensoleillement n'ont pas été assez nombreuses pour les assécher et tuer ces larves avant la fin de leur croissance, on se retrouve forcément cette année avec une plus grande éclosion de moustiques.»

Le cocktail — et ses conséquences — n'a épargné, selon M. Bourassa, aucune région du Québec, y compris l'île de Montréal, où la perception d'une plus grande présence d'insectes piqueurs se généralise dans la population au rythme des vrombissements nocturnes et des irritations cutanées qui les accompagnent. On en trouve ainsi dans les secteurs de Rosemont, du Plateau Mont-Royal, du centre-ville, d'Outremont ou encore de Westmount, où pourtant, bon an, mal an, les maringouins se faisaient plutôt discrets.

Une colonie en santé

Par rapport à l'année dernière, la colonie de moustiques pourrait avoir été multipliée par deux, estime GDG Environnement, l'entreprise chargée de la surveillance des moustiques au Québec pour le compte du ministère de la Santé et des Services sociaux. C'est du moins ce qu'indique une mesure effectuée «dans le coin de l'île Bizard» au cours des dernières semaines, dit Christian Back, président de l'entreprise.

Aucun test de nuisance — c'est le nom donné à ces mesures — n'a toutefois été effectué dans les zones centrales de la métropole pour le moment. Mais devant le nombre grandissant de témoignages de «victimes» de maringouins, GDG Environnement a l'intention de poser quelques pièges à insectes au cours des prochains jours afin de recenser avec précision les piqueurs qui ont élu domicile là où personne n'avait l'habitude de les voir.

Pas de panique

Alors que le virus du Nil, transmis par les moustiques, pourrait refaire son apparition dans le sud du Québec cette année, la Direction de la santé publique ne s'inquiète toutefois pas outre mesure de cette prolifération de micro-vampires ailés en ville. «Ces dernières années, le nombre de personnes infectées a diminué», dit Blaise Lefebvre, porte-parole de l'organisme. «Le virus circule, oui, et nous sommes pris pour cohabiter avec lui. Mais les conditions actuelles ne laissent pas forcément croire que l'activité du virus du Nil va être pire cette année.»

En effet, bien avant le nombre, c'est surtout l'espèce de moustique qui compte lorsqu'il est question du virus du Nil. Le Culex pipiens est le maringouin le plus apte à le transmettre. Il fait toutefois son apparition vers la fin du mois d'août, indique M. Bourassa, «et si les pluies devaient cesser et la sécheresse arriver au cours des prochaines semaines, les conditions de sa survie et de sa multiplication seraient alors moins bonnes», dit-il.

D'ici là, l'entomologiste suggère donc de prendre les mesures habituelles pour se protéger des insectes piqueurs. Les vêtements clairs à manches longues et les chasses-moustiques en font partie. Bannir les grands rassemblements publics urbains quand le soleil se couche pourrait aussi s'ajouter à cette liste, selon lui. «Les grandes foules des festivals génèrent de la chaleur, dit-il. Et cette chaleur attire les moustiques.» Ainsi, volant dans le voisinage, ces moustiques ne se plaignent certainement pas de pouvoir ainsi manger au grand air sur des sonorités jazz, par exemple.