Québec offre au monde les sandales de l'été

Québec — Dans un numéro récent du magazine à potins Star, la vedette de Desperate Housewives, Teri Hatcher est photographiée dans de grosses sandales de plastique vertes qu'on dit très hot par les temps qui courent. Tout le monde les connaît, mais ce que l'on ignore, c'est qu'elles sont fabriquées à Québec.

«Teri Hatcher, Adam Sandler et même Don Cherry en portent. Les gens les reconnaissent, mais ils ne savent pas que c'est fait ici et que ça a été inventé ici», lance fièrement Andrew Reddyhoff, le président de la compagnie sise dans un parc industriel de la basse-ville.

Dans les bureaux de Créations Foam, presque tous les employés les portent. «Squich, squich, squich», entend-on dans les corridors. La vice-présidente et conjointe de M. Reddyhoff, Marie Claude de Billy, a opté pour la version turquoise. C'est celle qu'elle nous fait essayer, lors de notre arrivée.

Créées pour les amateurs de bateau, les sandales ont été baptisées «crocs» en référence aux crocodiles. Mais, contrairement à ces rusés prédateurs, on les voit venir de loin... Outre leurs couleurs voyantes, ces sandales massives frappent par leur légèreté. Les adeptes apprécient aussi qu'elles soient

antimicrobiennes, résistantes aux odeurs, antidérapantes, flottantes et ne laissent pas de marques sur les parquets.

«C'est une matière unique au monde», explique Mme de Billy. «Nous avons importé une technique d'Italie de moulage par injection.» On produit ces souliers comme on fait cuire un gâteau en moulant la substance plastique dans un four. «On a utilisé la technique pour développer toutes sortes d'usages: des souliers, mais aussi des oreillers pour les spas, des sièges de kayaks. C'est toujours la même matière légère et imperméable.»

Cette véritable potion magique permet en outre à la compagnie québécoise de s'imposer dans un secteur en déclin ici. «Le problème avec les souliers en général, c'est que ça prend beaucoup de main-d'oeuvre», fait remarquer M. Reddyhoff. «Il faut coudre, couper, coller les semelles. Mais, avec notre technique, ça sort du four en une pièce. Il ne reste qu'à ajouter la courroie, et la sandale est prête.»

De quoi concurrencer les Chinois

M. Reddyhoff travaillait pour une entreprise américaine dans le secteur des plastiques quand il est entré en contact avec la technologie, en 1989. «Je me suis dit que c'était super. C'était bon pour l'environnement et ça ne nécessitait pas beaucoup de main-d'oeuvre. On n'avait pas besoin de déménager en Chine», s'est dit alors cet Anglais affable originaire de la région d'Oxford.

Or son patron de l'époque ne voulait pas investir dans la trouvaille. M. Reddyhoff et Mme de Billy se sont donc lancés seuls dans l'aventure. «Nous avons décidé de fonder une entreprise à deux», raconte Mme de Billy. «Et, étant donné que ma famille était ici, on est venus s'installer à Québec.»

L'entreprise est fondée en 1995. Le couple développe le produit à petits pas avec des subventions d'aide au démarrage. La création de la sandale va tout changer. Ces cinq dernières années, l'expansion a été fulgurante. Les Crocs ont été consacrées marque de l'année par le magazine américain Footwear News, en 2005, et les honneurs se multiplient.

Un succès en partie attribuable à l'association de Créations Foam avec des investisseurs américains. Après s'être engagés dans la mise en marché des sandales en 2001, ces derniers ont acquis la compagnie en 2004 et fondé la société Crocs qui est basée au Colorado, précise M. Reddyhoff. «Ça a été très bon pour nous, ça nous a notamment permis d'être cotés en Bourse.»

Comme des petits pains

Les affaires vont bien. Les sandales se vendent comme des petits pains, et l'entreprise se prépare à lancer une nouvelle marque de bottes d'hiver pour enfants. «On a commencé à 5000 pieds carrés, il y a onze ans. Aujourd'hui, notre usine en fait 110 000 et on continue de grandir !», se réjouit Mme de Billy. Le nombre d'employés est passé de 50 à 500, et on recrute encore.

Enfin, dans une ville réputée difficile pour les immigrants qui cherchent du travail, Créations Foam joue un rôle très constructif. Le tiers des employés sont de jeunes immigrants de plus de 32 nationalités différentes, précise M. Reddyhoff. «C'est le fun, ces jours-ci avec la Coupe du monde de soccer, presque tous les pays sont représentés dans l'usine. Disons qu'on en entend beaucoup parler!»

Collaboratrice du Devoir