Après les manifestations, la grève de la faim

«Nous avons manifesté, organisé des veillées, démarché le Congrès, campé devant le ranch [du président] Bush, nous sommes même allés en prison, maintenant il est temps de faire plus», a expliqué Cindy Sheehan, photographiée ici à Vienne, e
Photo: Agence Reuters «Nous avons manifesté, organisé des veillées, démarché le Congrès, campé devant le ranch [du président] Bush, nous sommes même allés en prison, maintenant il est temps de faire plus», a expliqué Cindy Sheehan, photographiée ici à Vienne, e

L'appui de la population américaine à la guerre en Irak s'effrite. La militante pacifiste Cindy Sheehan et les acteurs Susan Sarandon et Sean Penn ont lancé hier un mouvement de grève de la faim aux États-Unis pour obtenir la fin de l'engagement militaire américain en Irak.

Washington — Alors que la plupart des Américains faisaient le plein de viandes et de salades pour les barbecues traditionnels de la fête nationale du 4-Juillet, des manifestants pacifistes prévoyaient hier un dernier repas devant la Maison-Blanche avant de commencer leur jeûne à minuit.

«Nous avons manifesté, organisé des veillées, démarché le Congrès, campé devant le ranch [du président] Bush, nous sommes même allés en prison, maintenant il est temps de faire plus», a expliqué Cindy Sheehan, devenu une égérie du mouvement antiguerre après la mort en Irak de son fils de 24 ans, Casey.

«Je ne sais pas combien de temps je pourrai jeûner, mais je ne fixe pas de fin», a ajouté la militante écologiste Diane Wilson, qui s'est jointe au mouvement, avec également le fantaisiste pacifiste Dick Gregory et le colonel à la retraite Ann Wright.

Plusieurs célébrités s'associeront au mouvement en organisant seulement une «grève de la faim tournante», parmi lesquels Sean Penn et Susan Sarandon, mais aussi la romancière Alice Walker et l'acteur Danny Glover. Au total, 2700 militants ont promis de refuser de s'alimenter pendant au moins 24 heures, avant de passer le relais à d'autres.

Ce mouvement est organisé alors qu'un sondage publié vendredi a montré que seulement un tiers des Américains (33 %) approuvent la conduite de la guerre. Toutefois, cette désaffection entraîne peu de mouvements de protestation de masse. La plus grosse manifestation contre la guerre en Irak remonte à septembre: elle avait rassemblé à Washington environ 150 000 manifestants et plusieurs dizaines de milliers d'autres à travers le pays.

Elle faisait suite à un mois de campagne menée par Cindy Sheehan presque seule, qui avait campé durant le mois d'août devant le ranch présidentiel à Crawford (Texas) dans l'espoir vain d'expliquer son point de vue au président George W. Bush.

«Nous avons toujours été tenus à l'écart du véritable coût de la guerre, depuis le début», déclare une responsable du groupe de défense des droits de l'homme Global Exchange, Meredith Dearborn, en guise d'explication pour cette faible mobilisation.

Quelque 2526 militaires américains sont morts en Irak depuis l'invasion de mars 2003, mais les États-Unis sont bien loin de donner l'impression d'un pays en guerre, même s'il n'est pas rare de croiser des mutilés de guerre.

Amnistie

Entre-temps, la violence a continué à faire rage en Irak. Quatorze personnes ont été tuées et une cinquantaine blessées dans des attaques, dont cinq dans un attentat suicide à Mossoul, selon des sources de sécurité. L'armée américaine a également annoncé la mort ces dernières 48 heures de deux soldats lors d'opérations dans les zones rebelles à l'ouest et au nord de Bagdad.

Sur le front politique, le puissant chef chiite irakien Abdel Aziz al-Hakim s'est dit favorable hier à une amnistie pour les auteurs des attaques contre les soldats américains, marquant sa différence avec son allié chiite, le premier ministre Nouri al-Maliki.

La Maison-Blanche a immédiatement réagi en affirmant que les États-Unis n'interféreraient pas dans le plan irakien de réconciliation nationale mais en répétant son appui au projet d'amnistie de M. Maliki qui exclut les responsables d'attaques contre les soldats américains. «Nous ne fixons pas de conditions. Le gouvernement irakien a la responsabilité de décider des termes de l'amnistie nationale», a dit le porte-parole de la Maison-Blanche.

Par ailleurs, le principal bloc sunnite au Parlement a affirmé son intention de poursuivre le boycottage des travaux du Parlement jusqu'à ce qu'ils obtiennent des détails sur le sort d'une collègue, Tayssir Najah Awad al-Machhadani, enlevée samedi avec sept gardes par des hommes armés à Bagdad.