Prend l'eau - Une canalisation cède dans la salle de tri des documents

La Grande Bibliothèque du Québec (GBQ) a été inondée. Les fortes pluies tombées sur Montréal tôt hier matin ont fait éclater une grosse canalisation au sous-sol de l'immeuble de la rue Berri, selon les informations obtenues par Le Devoir.

L'inondation a notamment affecté le local de tri des documents empruntés puis retournés par les clients de l'institution. Des centaines de livres, de CD et de DVD étaient traités d'urgence hier par une dizaine d'employés. L'accès à la section jeunesse, située au niveau M (pour métro), était interdit hier mais devrait reprendre dès ce matin. Le congé lié à la fête du Canada n'aurait pas affecté la mise en place de mesures d'urgence, selon la version officielle.

Le problème du drain s'ajoute au défaut majeur des murs de verre du bâtiment tout neuf, inauguré l'an dernier. Sept plaques extérieures ont éclaté depuis le 20 juin 2005, la dernière le 2 mai dernier.

Le drain majeur, d'environ 60 cm de diamètre, permettant normalement l'évacuation des eaux de pluie accumulées sur le toit, a cédé vers 8h15. Apparemment, un collet d'étanchéité liant deux sections a complètement lâché. Des graviers, provenant peut-être de la toiture, ont également été retrouvés dans la salle de tri.

L'eau a trempé les documents et les tapis, puis s'est vite accumulée sous le plancher flottant de l'immeuble, sur une dalle de béton parcourue de fils électriques. Les courts-circuits conséquents ont empêché l'utilisation de l'espace des collections jeunesse, qui fonctionnait hier sur un système d'alimentation d'urgence. Même l'ascenseur des usagers demeurait bloqué au rez-de-chaussée.

Le gros tuyau défectueux traverse une bonne partie du sous-sol de l'édifice rectangulaire, mais en courant au plafond plutôt que sous le plancher, comme on pourrait s'y attendre dans un équipement abritant des documents de bibliothèque et d'archives. «Nous sommes au sous-sol ici et la canalisation est à sa place», a répondu Ghislain Roussel, interrogé sur place. Le secrétaire général de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BANQ), l'institution responsable de la Grande Bibliothèque, laissait comprendre que, selon sa propre évaluation, cet équipement névralgique n'aurait pas pu être installé plus bas.

L'évocation des plaques de verre, l'autre problème vraisemblable de conception ou de construction de la GBQ, ne l'a pas non plus démonté. «C'est un nouvel immeuble et il faut faire avec ce genre de problème, a dit le secrétaire général. Les ajustements suivront. Une canalisation a été mal fixée, c'est tout.»

La direction s'est d'abord montrée réticente à répondre aux questions et a refusé que le photographe du Devoir prenne des photos à l'intérieur de l'immeuble. Il a même été impossible de visiter la zone sinistrée.

Les documents en papier, mouillés et souillés, devaient être congelés dès hier par une firme spécialisée en attendant leur récupération. La congélation stoppe le processus de détérioration. Il a cependant été impossible d'apprendre le nombre et la nature exacte des livres ou des supports informatiques affectés.

Rappelons qu'entre le 20 juin et le 18 juillet 2005, six lamelles de verre du parement extérieur ont éclaté. Une septième lamelle de verre a volé en éclats le 2 mai dernier. Selon les premiers rapports déposés il y a un mois par BANQ, trois conditions, si elles sont réunies, peuvent provoquer le bris des plaques de verre: la présence de rayures ou de fissures dans le verre, une pression trop élevée des griffes d'attache et des écarts de température. Un périmètre de sécurité ceinture l'édifice et des auvents couvrent les quatre entrées de l'immeuble de couleur verdâtre.

Le coût des travaux correctifs n'est pas encore évalué, mais l'installation du revêtement a coûté trois millions. Selon les experts consultés, plus du tiers des 6200 lames sont défectueuses et devront être démontées une à une et trempées de nouveau. Le trempage devrait solidifier le verre et minimiser le risque de coupure en cas d'éclat.