Projet touristique de 230 millions dans Charlevoix - Territoire le Massif: il est minuit moins une

Québec — Après des mois de pourparlers, le promoteur Daniel Gauthier a donné aux deux ordres de gouvernement jusqu'à minuit hier pour libérer 30 millions chacun, à défaut de quoi il menace de se retirer avec ses 170 millions qu'il souhaite investir dans le projet du Territoire le Massif.

Québec a confirmé l'octroi de 30 millions cette semaine, mais Ottawa n'a pas voulu offrir plus de 20 millions. Devant l'inflexibilité du fédéral et la volonté affichée du gouvernement québécois de voir le projet se réaliser, le promoteur compte sur Québec pour trouver une solution. «Si on nous démontre clairement que le gouvernement provincial est prêt à régler le problème, on est prêts à envisager un nouveau délai», a commenté hier la porte-parole du Groupe le Massif, Diane Laberge.

Pour justifier l'importance accordée par le promoteur à ces 10 millions de dollars manquants sur les 230 que représente le projet, la porte-parole invoque l'ensemble du montage financier. «Les subventions ont un impact direct sur les fonds privés que nous pouvons réunir [...] Dix millions en subventions, par exemple, ça permet d'en collecter 30 en fonds privés. Et avec les subventions, on n'a pas autant de contraintes au chapitre du rendement, par exemple, qu'avec les fonds privés.»

À Ottawa de jouer son rôle

Cette semaine, le ministre responsable de la capitale nationale, Michel Després, et son collègue du Développement économique, Raymond Bachand, ont prié le gouvernement fédéral de «faire sa part». M. Després a déclaré que le Massif était actuellement le «projet de développement touristique le plus important du Québec».

Reste maintenant à savoir si le gouvernement provincial serait prêt à augmenter sa mise pour le sauver, comme l'a réclamé l'opposition péquiste. «La création des 600 emplois et l'effervescence économique entourant ce projet rentabiliseront rapidement la participation gouvernementale consacrée à cet investissement privé de 230 millions», a déclaré jeudi le député de Charlevoix, Rosaire Bertrand.

Le Groupe le Massif trouve aussi cette avenue prometteuse. «Nous avons demandé 60 millions aux deux ordres de gouvernement. La répartition, c'est à eux de la faire, commentait jeudi Mme Laberge. Si le gouvernement du Québec est prêt à contribuer 60 % des sommes, on sera très contents.»

Le Devoir a cherché hier, sans succès, à obtenir les commentaires du ministre Després à ce propos. L'attaché de presse du ministre Bachand, Damir Croteau, a pour sa part laissé entendre que «la pression devrait être sur le gouvernement fédéral» et que c'était «à lui de répondre».

Mais le ministre fédéral Jean-Pierre Blackburn maintient sa position. «Il n'y a rien de nouveau de notre côté, a confirmé hier son attachée de presse, Roxane Marchand. Comme l'a dit cette semaine le ministre, nous avons vraiment étiré l'enveloppe au maximum. Nous avons donné 20 millions, ce n'est pas rien.»

Six conditions

Lorsqu'il a présenté son projet, il y a un an, Daniel Gauthier avait énoncé six conditions «essentielles» à la réussite du projet: l'adhésion de la collectivité, la participation des gouvernements, la prise en charge par les municipalités de certaines infrastructures, un aménagement responsable du territoire autour du projet, l'adhésion du personnel du Massif et le respect du concept dans son intégralité.

Outre la participation des gouvernements, la condition concernant l'adhésion du personnel n'est pas remplie. Le promoteur réclame davantage de «flexibilité» de la part du personnel pour réaliser le projet, mais les deux parties ne se sont toujours pas entendues. «Il y a encore des discussions, a signalé Mme Laberge. C'est sur la bonne voie. On s'est aussi donné jusqu'à minuit pour s'entendre là-dessus. De toute façon, ce n'est pas ce qui nous énerve le plus dans le dossier... »

Dans Charlevoix, on n'ose pas envisager un échec du projet. «Daniel Gauthier a dit qu'il se donnait jusqu'au 30 juin et qu'il ne céderait pas, mais on est optimistes, expliquait le président de Tourisme Charlevoix, Bruno Labbé. On est tellement proches d'une solution que ça ne peut que se régler.»

On compte sur le projet du Massif pour faire de Charlevoix une destination touristique «quatre saisons» de premier plan, attirer des touristes étrangers et réduire le chômage. Le promoteur promet la création de 600 emplois. «Ça va permettre de minimiser le caractère saisonnier des emplois ici. La région a un haut taux de chômage par rapport au reste du Québec.»

Collaboratrice du Devoir