Les Québécois doutent de l'utilité des syndicats

Alors que la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) prône un retour «au syndicalisme de base», un sondage CROP réalisé pour le compte de l'organisation indique que près de 40 % de la population juge les organisations syndicales somme toute assez peu utiles à l'évolution de la société québécoise.

Devant ces résultats dévoilés hier, le président de la CSQ, Réjean Parent, a convenu qu'il y a «du travail à faire pour enraciner les pratiques syndicales» et «convaincre les gens de devenir diffuseurs dans leur milieu d'une vision de société qu'on pense préférable». Le retour aux valeurs syndicales de base constituait une des orientations dessinées par les membres de la CSQ, réunis en congrès toute la semaine à Montréal.

Ce congrès a permis d'élire un nouvel exécutif et de reconduire au passage M. Parent à titre de dirigeant. Dans son bilan présenté à la presse, le président n'a pas souhaité s'étendre sur la «tourmente» qui a emporté sa centrale ces derniers jours: un fort pourcentage des enseignants de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ) ont en effet claqué la porte de la centrale, 27 000 d'entre eux ayant créé cette semaine la toute nouvelle Fédération autonome de l'enseignement (FAE).

«Au moment où on se parle, ce n'est pas une fédération qu'on reconnaît», a indiqué M. Parent, dont la centrale réfute les résultats de désaffiliation de sept des neuf membres de la FAE. «On a assez parlé de nos chicanes, on va plutôt parler d'un congrès qui vient de bien se passer», a rapidement conclu le président, désirant visiblement ne pas commenter davantage les conséquences du départ des désaffiliés.

M. Parent a tout de même indiqué que les groupes communiquent par «avocats interposés» pour le moment et qu'une rencontre de la CSQ avec ses procureurs a eu lieu hier matin afin de faire progresser le dossier de la contestation juridique de la désaffiliation des neuf syndicats. «Il est trop tôt pour en parler», a-t-il affirmé.

Ce congrès a notamment permis de conclure à l'importance d'une action politique et d'une mobilisation des membres lors de la prochaine campagne électorale. «Pour la centrale, c'est un virage, c'est l'amorce d'un changement dans notre culture afin qu'on soit plus "pro-actif"», a indiqué M. Parent. Les membres de la CSQ seront ainsi conviés lors des prochaines élections à «ne pas voter pour Jean Charest» et son équipe, mais l'organisation ne franchira toutefois pas le cap «partisan» qui consisterait à recommander l'association à une autre équipe politique.

Le sondage CROP dévoilé hier a été mené auprès de 1100 personnes interrogées à compter de la mi-juin, partout au Québec. Interrogés à propos de l'utilité des organisations syndicales à l'évolution de la société québécoise, 38 % des gens ont indiqué qu'elles sont peu utiles ou carrément inutiles, contre 59 % qui les jugent très ou assez utiles. Ces résultats n'ont pas ébranlé le président de la CSQ, le confortant au contraire dans la conviction de la centrale de vouloir relancer le syndicalisme dans l'action locale.

«Ce n'est pas parce qu'on est syndiqué qu'on est nécessairement syndicaliste», a-t-il indiqué. Notons que l'échantillon utilisé pour le sondage CROP était précis à trois points près, 19 fois sur 20, comme l'a précisé le sondeur.