Consommation - La fontaine des fausses promesses

Un penchant immodéré pour l’eau en bouteille entraîne des dépenses considérables pour le consommateur.
Photo: Agence Reuters Un penchant immodéré pour l’eau en bouteille entraîne des dépenses considérables pour le consommateur.

La peur fait parfois faire des choses étranges aux consommateurs. Prenez l'eau potable par exemple. Ces dernières années, le marché de l'eau en bouteille et de l'eau en fontaine ainsi que la vente de filtres maison ont connu une croissance fulgurante au Canada. Cet engouement s'explique par les histoires de contamination de l'eau mais aussi par une quête très contemporaine de pureté, que les entreprises spécialisées dans ces produits encouragent à grand renfort de publicité.

La panique est payante. L'eau embouteillée peut coûter de 500 à... 1000 fois plus cher que l'eau sortant d'un aqueduc public. Et cette différence extraordinaire de prix n'est pas toujours justifiée, estime Protégez-Vous.

Dans son dernier numéro, ce magazine consumériste a décidé de plonger dans le vif du sujet en consacrant un dossier de 11 pages à ce liquide inodore, incolore et insipide pourtant essentiel à la vie. Ses conclusions risquent toutefois de laisser un arrière-goût de «j'me suis fait avoir» dans la gorge des consommateurs qui ont succombé ces dernières années à l'appel de la pureté en achetant bouteilles, fontaines ou filtres.

Après avoir passé au crible huit pichets filtrants, un distillateur, neuf filtres pour robinets et deux filtres pour distributeurs d'eau, Protégez-Vous écrit que l'«utilisation de [ces] dispositifs de traitement est le plus souvent superflue». Le magazine met notamment en avant le fait que les produits filtrants au charbon activé, très populaires dans ce domaine, «sont un milieu idéal pour la prolifération des bactéries», que ces appareils sont pourtant censés épargner au buveur inquiet.

Pis, les promesses que font miroiter ces appareils ont parfois de quoi faire sourire. En effet, on vend certains filtres en garantissant qu'ils éradiquent des substances chimiques délétères telles que le benzène ou le tétrachloroéthylène, note la journaliste Marie-Josée Boudreau dans ce dossier qui se boit comme de... l'eau. Or il est impossible de retrouver ces substances dans l'eau du robinet au Québec en raison des normes de salubrité imposées à ce secteur névralgique. D'où l'inutilité du remède préconisé par l'industrie pour s'en débarrasser.

Une question de goût

Selon un sondage maison réalisé par le magazine auprès de 4301 répondants (la marge d'erreur, la méthode d'enquête et la durée du sondage n'ont pas été précisées), près du tiers des personnes sondées consomment de l'eau en bouteille ou de l'eau distillée. Près de la moitié d'entre elles consentent à cette dépense supplémentaire dans leur budget alimentaire pour ne pas boire une eau ayant un goût de chlore. Ce mauvais goût est présent toute l'année et s'accentue lors des grosses chaleurs, quand la pression sur le réseau d'adduction se fait plus forte.

Un tel «caprice» est légitime, mais il est loin de justifier la facture de quelque 1000 $ par année qu'entraîne, à raison de deux litres d'eau consommés par jour, un penchant immodéré pour l'Évian. En effet, il suffit de laisser de l'eau du robinet dans un réfrigérateur pendant 48 heures pour que la concentration de chlore chute de 50 à 65 %. «Gratuitement», souligne Protégez-Vous.

Dans la même veine, fidèle à sa vocation d'éclairer les choix des consommateurs, Protégez-Vous s'attaque à un mythe largement répandu chez les accros de la bouteille... en plastique: réutiliser ces contenants n'entraîne pas la multiplication de coliformes fécaux.

Analyse scientifique à l'appui, Protégez-Vous montre que ces craintes ne sont pas fondées. Pendant cinq jours, un cobaye a ainsi bu de l'eau contenue dans une bouteille en plastique de 500 ml. Résultat: «Après vérification aux jours 1 et 5, nous avons constaté que les bactéries s'y étaient très peu multipliées.»

Difficile d'en dire autant des fontaines à eau qu'on retrouve dans de nombreux foyers, sur les lieux de travail ou dans les salles d'attente. Après analyse au microscope, on y retrouve en effet des concentrations de bactéries hétérotrophes aérobies (BHA) allant de 1,5 million à cinq millions par 100 ml d'eau. De quoi être perplexe. D'autant qu'au-delà de 50 000 bactéries par 100 ml, il s'agit d'«un indice de détérioration de la qualité dans un réseau d'aqueduc ou à l'usine d'embouteillage de l'eau de source par exemple».

Protégez-Vous souligne toutefois que, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), cette prolifération de BHA n'est pas dangereuse pour la santé. Sauf peut-être pour celle des personnes dites immunodéprimées (enfants en bas âge, personnes âgées ou atteintes de maladies immunitaires).

La précision est importante. Car après tout, quand on se fait avoir, autant en avoir pour son argent!

conso@ledevoir.com

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Cette rubrique fait relâche pour l'été. Elle sera de retour dès l'automne.