Procès pour fraude - Guité accuse un policier d'avoir tenté d'influencer un témoin

L'accusé Charles Guité a tenté de savoir hier, à son procès pour fraude, si un enquêteur de la GRC n'avait pas profité d'une pause la semaine dernière pour tenter d'influencer le témoin clé de la Couronne, Jean Lambert, le bras droit de Jean Brault à Groupaction.

Au cours de l'enquête menée à ce sujet par le juge Fraser Martin hier, M. Guité a posé quelques questions à l'enquêteur Richard Huot. M. Guité, l'ex-haut fonctionnaire responsable du programme de commandites, voulait surtout savoir ce qui pouvait bien expliquer que le témoin Lambert se mette à témoigner de façon beaucoup plus agressive que précédemment au retour de la pause.

«Je ne sais pas», a répondu l'enquêteur de la GRC de façon laconique. «Je le connais depuis quatre ans [en raison des diverses enquêtes sur le scandale des commandites] et je n'ai eu aucune discussion sur son témoignage», a assuré le policier.

Auparavant, M. Huot avait eu l'occasion d'expliquer qu'il avait cru bon d'accompagner le témoin Lambert à des toilettes situées loin du périmètre à l'intérieur duquel les photographes et caméramans sont tenus de demeurer parce qu'il avait remarqué le haut degré d'émotivité de son témoignage. Il voulait également lui offrir une eau gazeuse disponible tout près, question de le détendre un peu.

À cela, M. Guité a répliqué qu'il utilisait personnellement les toilettes situées près des caméramans sans être importuné.

L'affaire en est restée là. Le juge a alors fait remarquer que l'exercice visait à permettre aux témoins d'évaluer la crédibilité à accorder au témoignage de Jean Lambert.

Témoignage dévastateur

Il faut dire que ce témoignage en deux phases avait été particulièrement dévastateur pour l'ex-fonctionnaire de Travaux publics Canada.

M. Lambert a notamment raconté que devant l'inquiétude manifestée par Jean Brault, qui devait recevoir 330 000 $ pour un travail bidon sur les armes à feu, Charles Guité aurait dit: «Si on nous pose des questions, on dira qu'on a jeté les documents et qu'on a détruit les maquettes.»

Jean Lambert, qui a été vice-président exécutif de Groupaction jusqu'en 2001, est en fait le seul témoin en mesure d'éclairer le jury au sujet des cinq contrats accordés par Charles Guité à Groupaction, ceux-là mêmes qui font l'objet de l'accusation de fraudes totalisant 1,2 million.

Un tentacule

Jean Lambert a décrit ce qui se passait entre les agences et le gouvernement fédéral comme «un système tentaculaire» relié au bureau du premier ministre, à des ministres fédéraux, à des hauts dirigeants du Parti libéral du Canada au Québec et à des fonctionnaires.

Par ailleurs, en fin de journée hier, les jurés ont eu accès à une déclaration faite en avril 2002 à deux représentants de la vérificatrice générale par feu Pierre Tremblay, ancien chef de cabinet d'Alfonso Gagliano.

En sa qualité de successeur de Charles Guité aux commandites, M. Tremblay a en quelque sorte pris le train en marche en ce qui a trait à un des cinq contrats en cause. Comme ce contrat portait la signature de son prédécesseur, il a autorisé le paiement des factures de Groupaction en tenant pour acquis que le travail prévu au contrat avait bel et bien été fait. Il a également tenu pour acquis que le personnel de soutien avait fait les vérifications requises.

M. Tremblay a en outre fait valoir aux représentants de la vérificatrice générale qu'il ne lui appartenait pas d'évaluer si le travail fourni par Groupaction valait les 500 000 $ facturés. Il considérait qu'il avait l'obligation de payer.

Au dernier paragraphe de sa déclaration, M. Tremblay indique qu'après avoir pris véritablement les commandes du programme de commandites, il n'a signé aucun contrat semblable à celui attribué à Groupaction parce qu'il avait une bonne compréhension du marché sur les possibilités pour le gouvernement fédéral d'accroître sa visibilité, particulièrement au Québec.