Conseil interprofessionnel du Québec - «L'intégration des immigrants, c'est l'affaire de tous»

Souvent accusés de protectionnisme, les ordres professionnels tentent de faire preuve d'ouverture et de sensibilité à l'égard de la situation particulière des personnes immigrantes.

Le conseil interprofessionnel du Québec (CIQ), qui regroupe les 45 ordres professionnels, vise une plus grande équité et transparence dans la reconnaissance des équivalences. Pro-actif, il juge que les préjugés défavorables à leur égard ne sont pas fondés: «Nous avons peut-être mérité certaines critiques dans le passé, mais depuis 1974, avec l'arrivée du Code des professions, qui régit les mécanismes d'adoption des règlements, les mentalités ont bien changé et nous ne les méritons plus», déclare André Gariépy, avocat et directeur général du CIQ.

Le système professionnel québécois est reconnu dans le reste du pays pour son mode d'imputabilité du traitement des demandes de personnes immigrantes, mais le CIQ veut aller plus loin avec son plan de travail, adopté à l'unanimité en décembre et rendu public en avril dernier. Ce plan de travail, issu de la table de concertation du CIQ et du ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration (MRCI), propose des solutions visant à faciliter l'admission des personnes immigrantes aux ordres professionnels. Il comprend trois axes: concertation, sensibilité et efficacité, transparence.

Une information complète et intelligible

«Un des grands problèmes qui a été soulevé pendant la première table de concertation (1995-1997) concerne l'information incomplète transmise aux personnes immigrantes avant leur départ», explique André Gariépy. L'ambiguïté, c'est que les nouveaux arrivants sont souvent déclarés employables aux fins d'une sélection à titre d'immigrant, mais lorsqu'ils arrivent devant les ordres professionnels, ils apprennent qu'il leur manque des éléments de formation pour pouvoir pratiquer ici. «Ce qu'on a donc voulu faire, en collaboration avec le MRCI, c'est de densifier les activités d'information sur l'encadrement des professions réglementées au Québec afin que les immigrants ne se sentent pas leurrés.» Dans cette optique, le CIQ et le MRCI ont tenu plusieurs rencontres depuis le mois d'avril avec les diffuseurs naturels, soient les groupes de support aux immigrants et les comités de partenaires du MRCI.

De plus, une formation sur les relations interculturelles sera offerte aux responsables de l'admission au sein des ordres professionnels. «Nous sommes présentement à construire cette formation, d'une durée de quelques jours, et nous comptons qu'elle se donnera dès le début 2003», précise le directeur général du CIQ. Des dispositifs de recensement, de documentation et de diffusion des outils utilisés par les ordres professionnels, dans le cadre du processus d'équivalence de diplôme ou de formation, seront aussi mis sur pied afin de les rendre plus accessibles aux ordres qui ont moins de demandes et qui ont, par conséquent, moins d'outils pour analyser les dossiers.



La protection du public

Environ 15 % des immigrants se destinent à des métiers réglementés. Entre 1997 et 2001, les ordres professionnels ont traité 3600 demandes d'équivalence. Un peu plus de 1000 demandes ont été reconnues intégralement, près de la moitié a été reconnue partiellement et un quart a été rejeté. «Nous sommes actuellement en train de recueillir des statistiques qui prouvent que les ordres professionnels font leur travail. Il est évident qu'avec un si petit nombre de demandes à traiter, ce ne sont pas les ordres professionnels qui font obstacle à l'immigration», souligne André Gariépy, faisant référence aux dernières accusations du ministre Facal.

Les ordres professionnels ne gèrent ni l'offre, ni la demande. Ils doivent s'adapter, selon la provenance des immigrants, et imposer des normes élevées afin que seules les personnes compétentes puissent exercer des professions à risque auprès de la population québécoise. Si 25 % des demandes sont rejetées, il est normal de se questionner sur ces normes. Sont-elles trop élevées? «Si quelqu'un affirme avoir une formation spécifique et ne montre aucune aptitude témoignant de ses compétences, pouvons-nous l'accepter juste pour avoir des statistiques favorables?», répond André Gariépy. «Les normes des ordres professionnels au Québec sont calquées sur le modèle nord-américain et occidental. Elles sont approuvées par le gouvernement du Québec qui peut les modifier au besoin», précise Jean-Paul Dutrisac, notaire et président du CIQ.

Suite au plan de travail, aucune chance que ces normes soient abaissées, même en situation de pénurie, car de graves préjudices pourraient être encourus par la population. «Le gouvernement trouve que les conséquences dans ces activités réglementées peuvent être à ce point dangereuses qu'il nous mandate, en prévention, de s'assurer de la compétence des personnes qui vont exercer ces métiers», assure André Gariépy.



L'intégration des immigrants, l'affaire de tous

Les ordres professionnels reconnaissent que l'apport de l'immigration à la société québécoise relève de la nécessité. Si le CIQ est prêt à faire sa part, il sollicite le milieu de l'éducation, particulièrement à l'égard de l'offre de formation d'appoint. L'enjeu des reconnaissances partielles, c'est la capacité pour la personne immigrante d'avoir accès aux ressources pour compléter son profil de formation et d'expérience. «Pour avoir accès à un stage ou à un cours spécifique, les nouveaux arrivants font face à de grandes difficultés, déplore André Gariépy. Le milieu de l'enseignement n'est pas très flexible et un appel a été lancé pour que tous les partenaires — employeurs privés ou publics et institutions d'enseignement — décoincent leurs façons de faire afin de leur faciliter la tâche.»

Le processus d'immigration est long et l'obtention d'un permis par les ordres professionnels n'est qu'une étape parmi tant d'autres. En créant des partenariats et en rendant les processus de reconnaissance d'équivalences plus transparents, le CIQ croit qu'il fait un grand pas, car «l'intégration des immigrants, c'est l'affaire de tous», rappelle Jean-Paul Dutrisac.