Architecture du paysage - Un jardin dans le ciel

Avoir la tête dans les nuages. L'expression est bien connue et signifie pour plusieurs rêveries et distractions. Mais pour l'atelier Big City, elle symbolise plutôt un projet réalisé au cours des deux dernières éditions du Festival international des jardins de Métis, en Gaspésie: le jardin La tête dans les nuages. L'Institut de design Montréal souligne justement la réalisation en remettant à Big City son prix dans la catégorie architecture de paysage.

Le jardin La tête dans les nuages est un projet qui détonnait. Il s'agissait d'une plateforme qui s'élevait quelques mètres au-dessus d'un petit espace public. La structure métallique soutenait un jardin surélevé de fleurs. Les architectes y avaient intégré une rampe par laquelle les visiteurs avaient partiellement accès au jardin et pouvaient du même coup avoir la tête dans un nuage de fleurs.

«La première année, on avait accès à un jardin dont l'ensemble des fleurs étaient blanches. La deuxième année, nous avons changé pour des fleurs plus colorées pour créer l'illusion d'un ciel orageux», explique Randy Cohen, architecte et copropriétaire de l'atelier Big City. Il souligne aussi qu'à l'occasion de la seconde édition, la firme avait parsemé l'espace public, qui se trouvait sous l'installation, de petits bassins d'eau rappelant la présence de flaques après le passage d'un orage.

Solution verte

Big City se défend bien d'être issu du mouvement environnementaliste. «Nous n'avons pas de bannière. Nous touchons à tout. C'est certain que ça explore ces terrains-là, mais on ne doit pas strictement le percevoir de cette façon. Il s'agit avant tout d'un défi architectural», note-t-il.

Toutefois, force est d'admettre que l'installation s'inspire d'une tendance de plus en plus populaire au cours des dernières années dans l'univers paysager nord-américain, soit celle des toits verts. «On s'inspire à la fois des idées de toits verts et des tendances dans le domaine de l'architecture», précise-t-il.

Mais là encore, il faut savoir différencier les toits verts des jardins de toit, car il s'agit de réalités bien différentes qui ne doivent pas être perçues comme des synonymes. Le premier découle avant tout de considérations environnementalistes telles que les réductions d'émissions de gaz à effet de serre et la réduction des îlots de chaleur à l'intérieur des villes. Quant à eux, les jardins relèvent essentiellement de considérations architecturales.

Tout de même, Randy Cohen admet que plusieurs aspects se recoupent. Le jardin La tête dans les nuages en est un exemple. Il emprunte plusieurs technologies déployées lors de la mise en place des toits verts. C'est entre autres le cas des membranes sur lesquelles le terreau est étendu.

Exploration

Mais Randy Cohen présente avant tout le projet comme «une exploration architecturale» qui prend, dans ce cas-ci, la forme «d'un grand abri de jardin, une structure d'accueil qui se trouve à l'intérieur d'un espace vert». Il souligne alors qu'il s'agissait également se pencher sur le concept du mystère. Comme l'indique l'architecte, la structure est conçue de façon telle que les visiteurs se sentent invités à découvrir le jardin surélevé. «La première chose qu'on aperçoit, ce n'est pas le jardin de fleurs, mais bel et bien la structure qui sert d'abri», résume-t-il. La rampe qui mène au jardin surélevé est peinte d'un jaune vif qui «appelle les visiteurs à monter» et à se retrouver encerclés par les fleurs.

Big City a conçu l'installation pour que les visiteurs ne puissent accéder totalement à sa surface. «Les gens n'arrivent pas jusqu'au toit. Le jardin les encercle à peu près à la hauteur des épaules, comme lorsqu'on grimpe dans un grenier. C'est pour ça qu'on parle d'avoir la tête dans les nuages», résume-t-il.

À l'instar des nombreux projets de Big City, il s'agit avant tout d'explorer et d'innover. Randy Cohen affirme: «On est avant tout des architectes. On s'amuse avec les archétypes. On construit des bâtiments; même lorsqu'il s'agit de paysages, on construit. Dans le cas présent, il s'agissait de fabriquer un abri, c'est vrai, mais un abri inhabituel.»

L'atelier Big City a été fondé en 1987. Il s'est donné pour mission de souligner l'importance de la dimension publique de l'architecture, comme en fait foi son slogan «Make architecture a public policy». L'entreprise réunit trois architectes — Randy Cohen, Anne Cormier et Howard Davies — qui continuent d'être actifs dans les secteurs de la recherche et de l'enseignement.

Déjà couronnée de nombreuses distinctions, l'entreprise Big City était également candidate, cette année, dans la catégorie Architecture pour son projet immobilier Unity 2, un bâtiment de 14 étages classé monument historique.

Collaborateur du Devoir