Québec débloque 14 millions pour aider Murdochville

Quatorze millions de dollars. Voilà ce que le gouvernement provincial propose aux habitants de Murdochville pour les inciter à demeurer dans leur localité gaspésienne et dynamiser l'économie. Québec entreprend ainsi des efforts de relance, même si la majorité de la population a déjà souhaité la fermeture de la ville. Aucune indemnisation n'est prévue pour ceux qui veulent partir, qui sont de plus en plus nombreux à vouloir le faire depuis la fermeture de la Fonderie Gaspé de la compagnie Noranda.

De l'argent pour relancer Murdochville mais pas un sou pour ceux qui veulent plier bagage. Afin de tenir la promesse du gouvernement de maintenir cette localité gaspésienne ouverte, Rémy Trudel, ministre des Régions, a en effet annoncé hier une série de «mesures d'aide et d'accompagnement» destinées à Murdochville et à sa région et qui, à terme, pourraient atteindre 14 millions de dollars. Toutefois, le gouvernement laisse à la société Noranda la responsabilité de toute forme d'indemnités pour ses 300 ex-travailleurs de la Fonderie Gaspé de Murdochville.

Invoquant un «devoir de solidarité nationale», le ministre Trudel a présenté son plan de relance qui touche non seulement Murdochville mais également sa région immédiate, les MRC Côte-de-Gaspé et Haute-Gaspésie. Les mesures portent sur la création d'un groupe de prospection d'entreprises, piloté par la Société générale de financement, qui tentera de recruter des entreprises susceptibles de s'établir à Murdochville et aux alentours. Un million de dollars sera aussi dégagé pour soutenir des projets d'emploi dans cette région et accélérer leur mise sur pied.

Pour inciter les ex-travailleurs de la Fonderie Gaspé à demeurer à Murdochville, le gouvernement leur propose un accès au programme d'emplois municipaux de la Gaspésie, au coût de 2,5 millions, qui vise à assurer du travail temporaire dans les municipalités aux habitants vivant une situation difficile. Une priorité d'embauche sera également accordée aux travailleurs de Murdochville dans tout projet créateur d'emplois, tout en offrant un accompagnement accru dans leur recherche de travail. «Ce que je veux dire aux gens de Murdochville, c'est qu'il faut continuer le travail», a expliqué Rémy Trudel quelques minutes après la fin de la réunion du conseil des ministres.

Deux centres locaux de développement (CLD) verront leur budget accru de 200 000 $, et leur fonds local d'investissement, de 600 000 $, et ce, pour une période de deux ans. Le gouvernement s'engage aussi à verser à la municipalité de 800 habitants une aide financière maximale de un million de dollars par année à compter de 2003 pour une période de six ans. «Si on avait fermé la ville de Murdochville, ç'aurait coûté beaucoup plus cher que les montants qui sont en cause», a quant à lui souligné Maxime Arseneau, ministre responsable de la région Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine.

Noranda, qui, au printemps dernier, a mis la clé dans la porte du plus gros employeur de la localité, la Fonderie Gaspé, demeure cependant responsable de toute forme d'indemnités à ses ex-travailleurs en ce qui concerne à la fois le rachat de maisons et les primes de séparation. L'entreprise a fait savoir au gouvernement qu'elle entend parvenir à une entente «dans les meilleurs délais», a précisé M. Trudel. En d'autres termes, Québec ne propose rien dans les mesures annoncées pour indemniser ceux qui désirent quitter Murdochville. «Le gouvernement a des responsabilités, mais Noranda a aussi des responsabilités en regard de ses travailleurs», s'est contenté de répondre M. Trudel, tablant davantage sur une relance de la région.

Cette aide survient pourtant alors que 65 % de la population de Murdochville a exprimé par référendum, le 25 août dernier, le souhait de fermer la ville et de réclamer des indemnisations du gouvernement. En septembre, le gouvernement a décidé de ne pas tenir compte de la majorité et de la localité garder en vie. «Nous avons eu de nombreuses discussions en ce qui a trait à l'avenir de Murdochville, et le gouvernement, à mon avis, a fait le bon choix», a affirmé Guy Lelièvre, député de Gaspé.