Un contrat de deux millions pour dénoncer ses comparses

C'est un véritable contrat de joueur de baseball professionnel que la Sûreté du Québec a accordé au défunt membre des Rockers, Dany Kane, pour qu'il informe les policiers sur les activités des Hells Angels.

Pour ses services d'agent-source, Kane devait toucher 590 000 $ lors de l'arrestation d'une centaine de présumés membres ou associés des Hells, 580 000 $ après son témoignage à leur enquête préliminaire et 580 000 $ à la fin de son témoignage aux mégaprocès, pour un grand total de 1,75 million de dollars. Comme au baseball, il faut ajouter, à la signature du contrat, un boni de 60 000 $ ainsi qu'une série de petites délicatesses. Allocation hebdomadaire de 2000 $ à titre d'aide alimentaire. Paiements mensuels de 59 $ pour sa moto. Montant forfaitaire de 2445 $ pour la faire réparer. Autre montant forfaitaire de 50 000 $ pour des rénovations à sa maison. Une voiture de marque Chrysler Neon fournie par la SQ, véhicule plus tard remplacé par un Plymouth Voyager.


La police provinciale n'a ménagé aucune dépense pour que Dany Kane puisse se consacrer à son travail d'agent-source avec toute la liberté d'esprit voulue. Un jour, Normand Robitaille, présumé membre des Nomads, a reproché à Kane de ne pas être assez bien vêtu. Kane s'est retourné vers la SQ pour obtenir les 500 $ nécessaires à l'achat d'un complet. La SQ s'est également montrée généreuse pour le très médiatisé mariage de René Charlebois, où Ginette Reno et Jean-Pierre Ferland avaient interprété leurs plus grands succès. La SQ a refilé 1000 $ à Kane pour qu'il arrive pas aux noces les mains vides.


Gaétan Legault, un policier de la SQ, devait livrer des détails sur une opération de filature menée par les policiers en octobre 1999, hier au procès de 17 présumés membres ou associés des Hells Angels. Mais sous la férule de l'avocat Jacques Bouchard, son contre-interrogatoire a permis de jeter un rai de lumière sur le faramineux contrat d'agent-source de Kane. Fait à souligner, cette entente n'obéit pas aux mêmes règles qu'un contrat de «témoin-repenti».


Dany Kane a profité des largesses de la SQ pendant quelques mois de sa vie aussi intense que courte. Devenu agent-source le 14 mars 1999, il s'est suicidé le 7 août 2000, soit sept mois avant le raid policier de l'opération Printemps. «On n'avait pas vu son geste venir», a dit hier Gaétan Legault, qui gardait pourtant un contact «constant» avec Kane. M. Legault n'a jamais vu le corps sans vie de l'agent-source. Il ne s'est jamais rendu au salon funéraire, où il aurait pu découvrir que la tombe de Kane était scellée.


La lettre de suicide de Kane laisse entrevoir un personnage torturé. «Suis-je bon ou méchant? Suis-je hétéro ou gay? Suis-je honnête ou mal honnête? Suis-je aimer ou craint? Ce que je fais est-il bien ou mal?», écrit-il dans un français approximatif. «Ce que je fais esque je le fais pour moi ou bien pour une société qui elle même est malade et violente d'elle même? Qui est honnête de nos jours, je dis bien qui? Quesque ça va changer si nous arrivons à terme dans ce que nous avons commencer? [...] Esque la seul chose qui va changer ces l'enfer que je vais vivre après ou l'enfer que je ferai vivre à mes proches après que le tout seras terminer? Car esque la société veux vraiment ce que je fais et si oui pourquoi n'a t'il que moi qui a le poids total sur ces épaules? [...] J'aurais bien aimer pouvoir continuer mon rôle principal, mes je n'ai plus la force de continuer!»