Anjou veut garder ses meubles chez lui

Bisbille en vue: l'arrondissement Anjou refuse de partager, comme le lui a demandé la Ville, ses meubles avec ses voisins. Le président du conseil, Luis Miranda, n'en peut tout simplement plus des fonctionnaires de l'administration centrale, qui tentent, dit-il, de disperser à droite et à gauche les biens chèrement acquis par l'arrondissement.

Au coeur de la controverse, il y a la fusion des cours municipales de l'île. L'administration Tremblay a choisi de fusionner les 22 cours municipales en une seule, puis de créer sept points de service répartis sur l'île. C'est dans ce contexte que des fonctionnaires ont visité l'ancien hôtel de ville d'Anjou, la semaine dernière, afin de faire un inventaire des meubles.

«Après avoir fait l'inventaire, raconte M. Miranda, les gens des services ont laissé entendre que nos cinq bureaux flambant neufs s'en iraient à Montréal-Est. Je leur ai dit qu'il n'en était tout simplement pas question.»

Mardi dernier, le conseil d'arrondissement d'Anjou a donc adopté à l'unanimité une résolution controversée qui se lit ainsi: «L'arrondissement ne répondra pas à la demande d'inventaire des biens mobiliers formulée par la responsable du BAC [Bureau d'aide central] et [...], par conséquent, tous les biens mobiliers seront conservés dans l'arrondissement pour ses services de proximité.»

Pour M. Miranda, il ne s'agit pas d'une question d'argent — les cinq bureaux valent environ

10 000 $ —, mais d'une question de principe. «Ce n'est pas parce qu'on vient d'être fusionné que les gens peuvent rentrer et prendre ce qu'ils aiment en nous laissant le vieux stock.»

M. Miranda affirme ne pas en avoir contre l'administration Tremblay mais plutôt contre le «fonctionnarisme» qui a cours à la Ville de Montréal. «Le politique tente par tous les moyens possibles de mettre en place des structures gagnantes. Je ne peux pas dire la même chose de tous les fonctionnaires. Je crois qu'actuellement l'administration tente d'innover mais que, quelque part, si elle a de la difficulté, c'est parce que des gens ont des vieilles pratiques qu'ils ont de la difficulté à mettre de côté.»

Francine Sénécal, responsable du dossier de la Cour municipale au comité exécutif, a refusé de répondre à nos questions au sujet de la décision d'Anjou de garder ses biens. C'est plutôt son conseiller associé, Claude Trudel, qui a bien voulu réagir. Selon lui, «dans la nouvelle ville, tout le monde doit faire des concessions», y compris Anjou. En ce sens, il a indiqué que le comité exécutif va devoir discuter avec M. Miranda afin «que le bon sens prime».

«Est-ce que les meubles sont la propriété de la nouvelle ville ou des arrondissements? demande M. Trudel. Je suis d'avis que, pour certaines fonctions comme la Cour municipale, ils appartiennent à la Ville.»

«C'est vrai que la Ville est maintenant propriétaire du mobilier, reconnaît M. Miranda, mais il n'est pas nécessaire pour autant de déshabiller Paul pour habiller Henri. Il ne faut pas oublier que Anjou est maintenant une vache à lait pour la Ville de Montréal en raison d'une forte croissance. Mais on n'est pas juste là pour financer la nouvelle ville. J'espère qu'on peut aussi tirer notre épingle du jeu et avoir un certain respect.»