La CSDM veut chasser Raël

Les raéliens ont entrepris lundi une campagne de sollicitation auprès des jeunes afin de les inciter à renier l'Église catholique, «dont de nombreux dirigeants ont trahi le message d'amour de Jésus». Qualifiant cette campagne de «propagande inappropriée», la Commission scolaire de Montréal a décidé de recourir aux tribunaux pour chasser les disciples de Raël des abords de ses écoles.

Dans l'espoir de ne plus jamais voir de raéliens près de ses écoles, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) a déposé hier une demande d'injonction provisoire et permanente devant la Cour supérieure. Malgré le droit à la liberté d'expression dont bénéficient les raéliens sur la voie publique, les écoles devraient pouvoir assurer la sécurité de leurs élèves au delà des limites de leur territoire, fait valoir la commission scolaire.

Lorsqu'un groupe de raéliens s'est pointé lundi matin devant l'école secondaire Jeanne-Mance, à Montréal, la direction de l'établissement n'a pas trouvé ça drôle du tout. Quelques dizaines de disciples de Raël procédaient à la distribution de croix et de tracts pour inviter les élèves à signer un formulaire d'apostasie afin d'officialiser leur rejet de la religion catholique.

Accusant l'Église catholique d'avoir trahi le message de Jésus en ne sanctionnant pas les prêtres coupables de gestes criminels, le Mouvement raélien a entrepris cette semaine une tournée de sensibilisation aux abords de cinq écoles et cégeps de Montréal. Il compte aussi organiser une manifestation dimanche au parc Jeanne-Mance afin d'y brûler des croix.

Comme les raéliens étaient postés à l'extérieur du terrain de l'école lundi, la direction de l'établissement a dû se contenter d'inviter les jeunes à ignorer leur présence. Mais aux yeux de Robert Cadotte, commissaire à la CSDM, la campagne des raéliens constitue une incitation à la haine, et la commission scolaire devrait pouvoir intervenir afin de protéger ses élèves, même sur la voie publique, croit-il.

Les raéliens s'étant engagés à ne pas retourner faire campagne autour des écoles de la CSDM, le juge a statué hier qu'une injonction provisoire n'était plus nécessaire. Les avocats devront toutefois s'entendre, au cours des prochains jours, sur les procédures à suivre en ce qui a trait à la demande d'injonction permanente réclamée par la commission scolaire. Si celle-ci est accordée par le juge, la présence des raéliens sera interdite autour des écoles de la CSDM «jusqu'en 2030, quand les élohims vont débarquer», a précisé Robert Cadotte à la blague.

Selon Me Julius Grey, spécialiste en droits de la personne, deux principes se heurtent dans cette cause: la liberté d'expression et la protection des enfants. Mais il est difficile de présumer de la décision du juge, a-t-il dit, car théoriquement, les raéliens ont le droit de solliciter les jeunes: «Leur façon de procéder, soit la distribution de croix, est à la frontière de la propagande haineuse, et je pense qu'il serait raisonnable pour la commission scolaire de ne pas permettre qu'on implique les enfants dans une activité qui est sur la frontière d'une activité illégale.» Il faudra que le juge examine de près les faits allégués, a-t-il dit, pour évaluer l'insistance manifestée par les raéliens dans leur sollicitation.

Les raéliens entendent se rendre à Québec la semaine prochaine, et la polyvalente Roger-Comtois figure sur leur itinéraire, mais la Commission scolaire de la Capitale n'envisage pas pour l'instant d'empêcher leur venue par le recours aux tribunaux, même si on s'intéresse vivement aux procédures entreprises à Montréal. La plupart des écoles ont même convenu de ne pas parler des raéliens aux élèves. «On ne veut pas jouer le jeu des raéliens, qui est de leur faire de la publicité», a expliqué Carole Coulombe, agente d'information à la commission scolaire.

Les raéliens, qui prétendent que les êtres humains ont été créés par des extraterrestres, se défendent bien de vouloir faire du recrutement auprès des jeunes. «On les invite à penser par eux-mêmes», a affirmé Nicole Bertrand, porte-parole du mouvement.

De son côté, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n'a pas été avisé de la manifestation prévue pour dimanche, mais les forces de l'ordre seront présentes si celle-ci a bel et bien lieu, a indiqué Ian Lafrenière, porte-parole du SPVM.

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