Vieillir peut être encore plus difficile pour un gai

Photo: Agence Reuters

Le réseau de la santé et des services sociaux a de la difficulté à prendre en considération les réalités des aînés gais et lesbiennes, selon une étude rendue publique hier par des chercheurs de l'université McGill.

Ces personnes âgées, qui ont souvent été victimes de discrimination dans leur vie, hésitent à s'afficher comme homosexuelles lorsqu'elles font appel aux services de santé et services sociaux. «Ces aînés ont vécu une bonne partie de leur vie à une époque où on considérait l'homosexualité comme une pathologie et une activité criminelle», explique Bill Ryan, de l'École de service social de McGill.

Il a constaté au cours d'une centaine d'entrevues avec des aînés, des intervenants des réseaux et des membres de la famille que plusieurs aînés continuent de vivre dans le placard par crainte de la discrimination. Celle-ci semble encore bien réelle, à la lumière des témoignages recueillis dans les villes de Halifax, Montréal et Vancouver. «On a entendu quelqu'un nous dire qu'une personne se pointait chez elle pour des soins à domicile avec une Bible pour la convertir. Des docteurs refusent de traiter des gens quand ils savent qu'ils sont gais, d'autres mettent des masques ou des gants, tenant pour acquis qu'ils ont le sida», relate une des auteures de l'étude, Shari Brotman.

La présidente du Réseau des lesbiennes du Québec constate elle aussi que la peur de la stigmatisation pousse des lesbiennes âgées à cacher leur orientation. «Des couples de lesbiennes vont dans des résidences pour personnes âgées en se faisant passer pour des soeurs, avec le même nom de famille», explique Diane Heffernan.

Les relations avec la famille biologique sont parfois réduites au minimum. «J'ai connu des lesbiennes âgées que leurs familles avaient fait lobotomiser, ou traiter avec des chocs électriques. Des filles ont été en psychiatrie parce que leur famille n'acceptait pas leur orientation. Les familles les ont reniées», poursuit Mme Heffernan.

Les auteurs de l'étude souligne que les systèmes de santé et de services sociaux devraient adapter leur approche pour tenir compte des liens souvent difficiles avec les familles biologiques. La «famille choisie», soit le réseau tissé par l'aîné lui-même, devrait selon eux être davantage associée aux décisions sur les traitements. On préconise aussi une formation plus systématique des intervenants de la santé et des services sociaux pour mieux desservir cette clientèle.

Les chercheurs suggèrent aussi de développer des services d'hébergement de longue durée et de soins à domicile adaptés aux aînés homosexuels. Une telle offre de services, vraisemblablement privée, ne devrait cependant pas dispenser les services publics d'adapter leurs pratiques, précise Bill Ryan.