Caricatures du prophète Mahomet - La vigueur de la grogne fléchit

Un groupe de citoyens défendant le caractère «sacré» de la liberté de presse a tenu une contre-manifestation hier, au centre-ville de Montréal, alors que défilaient environ un millier de personnes protestant contre les caricatures du prophète Ma
Photo: Annik MH de Carufel Un groupe de citoyens défendant le caractère «sacré» de la liberté de presse a tenu une contre-manifestation hier, au centre-ville de Montréal, alors que défilaient environ un millier de personnes protestant contre les caricatures du prophète Ma

La vigueur de la grogne suscitée par les fameuses caricatures du prophète Mahomet semble avoir légèrement fléchi. Les nombreuses manifestations qui se sont tenues un peu partout dans le monde au cours de la fin de semaine se sont généralement déroulées dans le calme, tandis que les appels à la retenue et au dialogue des dirigeants politiques se sont multipliés.

Le Haut Représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère, Javier Solana, est d'ailleurs attendu aujourd'hui en Arabie saoudite pour tenter d'apaiser la colère dans le monde musulman. Il sera reçu à Riyad par le roi Abdallah et le chef de la diplomatie saoudienne Saoud Al-Fayçal. Il s'entretiendra aussi avec le secrétaire général de l'Organisation de la conférence islamique, le Turc Ekmeleddin Ihsanoglu.

M. Solana se rendra ensuite en Égypte pour y rencontrer le président Hosni Moubarak, avant de partir pour la Jordanie et les Territoires palestiniens. Il terminera son marathon diplomatique en Israël, pour y rencontrer la nouvelle ministre des Affaires étrangères de l'État hébreu, Tzipi Livni.

Invitant tout un chacun au «dialogue et à la compréhension», le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a pour sa part appelé hier à la «désescalade» dans l'affaire des caricatures de Mahomet, et à l'abandon de la «diplomatie du mégaphone». Il doit également rencontrer le président américain George W. Bush aujourd'hui à ce sujet. Commentant les dessins satiriques publiés en septembre dernier le quotidien danois Jyllands-Posten, à l'origine des protestations dans le monde musulman, M. Annan s'est dit «surpris», les jugeant «manquant de sensibilité, et plutôt offensants, offensants dans le sens où ils ont trait à une religion qui a plus d'un milliard d'adeptes dans le monde».

Appel de Condoleezza Rice

La secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice a elle aussi averti des risques de dérapage dans l'affaire des caricatures de Mahomet et a appelé les gouvernements, notamment ceux d'Iran et de Syrie, à «agir de manière responsable». «Si les gouvernement ne font pas preuve de responsabilité dans leurs agissements, on peut se retrouver confronté à un sentiment d'affront qui pourrait devenir incontrôlable. Tout particulièrement si le phénomène d'incitation se poursuivait, cela pourrait devenir incontrôlable», a déclaré Mme Rice.

Un message bien reçu par certains. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Hamid Reza Asefi, a déclaré que les missions diplomatiques devaient être respectées «pour empêcher les ennemis de profiter de la situation pour justifier la déplorable initiative survenue dans certains pays européens».

Le chef d'État libyen, Mouammar Khadafi, a toutefois adopté un ton beaucoup plus tranché. Les «gens qui sont à l'origine de ces caricatures et les publient [...] sont des infidèles», a déclaré le dirigeant libyen au quotidien régional allemand Neue Ruhr Zeitung, dans cet entretien reproduit dans un communiqué diffusé hier soir.

Interrogé sur ce qu'il fallait faire pour réduire les tensions suscitées par la publication de ces caricatures, M. Khadafi a répondu: «Des changements sont nécessaires dans le système scolaire européen. Là, on met en accusation l'islam, et en plus, on encourage à le haïr.»

Les manifestations se poursuivent

Par ailleurs, au moins 30 000 musulmans ont manifesté hier dans la ville turque à majorité kurde de Diyarbakir, où la foule séparée en deux, hommes d'un côté, femmes voilées de la tête aux pieds de l'autre, a scandé «Dieu est grand!» et a récité des versets du Coran. Dans l'ouest du pays, quelque 150 ultranationalistes ont lancé des oeufs sur la façade du consulat de France à Istanbul aux cris de «Vengeance!».

Samedi, une manifestation a réuni environ un millier de personnes à Montréal, à l'appel de l'imam Saïd Jaziri, de la mosquée al-Qods. Ceux-ci ont protesté dans le calme, à l'instar des autres marches qui ont lieu la même journée dans le monde. Quelque 10 000 personnes ont défilé en France, dont 7200 à Paris et plus de 2200 à Strasbourg, à l'appel d'associations musulmanes. À Londres, environ 10 000 personnes se sont rassemblées à Trafalgar Square. La manifestation, à l'appel du Conseil musulman de Grande-Bretagne, avait reçu le soutien du maire de Londres, Ken Livingstone. Sur les pancartes brandies par les manifestants, on pouvait lire «Unis contre l'islamophobie et l'incitation» ou «Mahomet, symbole de la liberté et de l'honneur».

Dans le monde musulman, où un certain apaisement a été observé samedi, les partis islamiques du Pakistan ont toutefois appelé à une grève générale début mars pour protester contre la publication des caricatures en Europe. En Algérie, les directeurs de deux hebdomadaires ont pour leur part été placés en détention pour avoir reproduit certains des dessins controversés, une arrestation jugée «absurde et dangereuse» par l'organisation Reporters sans frontières.

Avec Associated Press, l'Agence France-Presse et Reuters