Zéro-12 - À table - Mission possible!

Vers l'âge de neuf mois, bébé découvre avec plaisir et appétit les aliments de table, au grand enthousiasme de ses parents. Puis, lorsqu'il approche l'âge critique de deux ans, il lui arrive, sans raison apparente, de rejeter un aliment dont il se délectait pourtant la veille, ou d'en refuser un autre sans même y avoir goûté. Comment s'y prendre alors pour ouvrir son enfant à une grande variété d'aliments... sans perdre la boule?

Selon Marie Breton, diététiste et coauteure du livre À table, les enfants!, qui aborde justement l'alimentation des tout-petits de neuf mois à cinq ans, le secret pour obtenir de bons résultats consiste d'abord à ne pas trop se questionner. «Les goûts et les dégoûts changent beaucoup vers l'âge d'un an et demi à deux ans, affirme-t-elle. L'enfant a moins d'appétit parce qu'il grandit moins. Il est moins curieux et intéressé à trouver de la nouveauté dans son assiette parce que la découverte du monde l'accapare beaucoup.» Et puisqu'il traverse une importante période d'affirmation, le bambin peut facilement décider d'utiliser le pouvoir qu'il a sur les aliments, contre ses parents...

On peut toutefois éviter que les repas se transforment en combats, dans lesquels toutes les bouchées de légume sont comptées, en adoptant une attitude positive et détendue. Exit la pression! «Plus on force un enfant à manger, plus il va résister, et moins il mangera, souligne Marie Breton. On ne peut pas aimer quelque chose qu'on est forcé de manger.» Il faut donc laisser le temps à l'enfant d'apprivoiser les aliments, à son rythme, tout en respectant un grand principe de base: la variété alimentaire! «Plus le jeune enfant est mis en contact avec une grande variété d'aliments, plus on maximise ses chances d'aimer beaucoup d'aliments plus tard, explique la diététiste. À l'inverse, si on sert toujours la même chose à un enfant, ses goûts seront limités à ce qu'il connaît, et il sera plus difficile pour lui de s'ouvrir à autre chose.»

Marie Breton, elle-même mère de deux jeunes enfants, conseille donc d'introduire régulièrement de la nouveauté au menu, mais en tenant pour acquis que le fait de goûter un nouvel aliment représente un défi pour l'enfant. Ainsi, pour ne pas qu'il manifeste trop de résistance, il est préférable «d'introduire un nouvel aliment avec d'autres aliments connus pour qu'il puisse satisfaire son appétit si jamais il décide de le refuser», précise-t-elle. Mais pour que l'enfant finisse par accepter d'y goûter, et de l'aimer, il faut cependant user de patience et de persévérance! «Ça peut prendre jusqu'à 20 fois, en autant de repas, avant que l'enfant goûte et aime un aliment, souligne Marie Breton. Mais dans la mesure où on persiste à lui offrir un même aliment, sans pression, l'enfant va finir par y goûter et par l'aimer.»

Servir un menu alternatif à l'enfant ne lui rend donc pas service, enchaîne la diététiste. «S'il a le choix, l'enfant va choisir la facilité. Un nouvel aliment, c'est un défi, c'est insécurisant. Plutôt que de risquer d'y goûter et de ne pas aimer ça, c'est plus facile pour lui de se tourner vers du connu.» De la même façon, il ne faut pas s'inquiéter si le nouvel aliment proposé reste dans l'assiette, car un enfant ne se laisse pas mourir de faim. «Il trouvera toujours sur la table, parmi la variété de ce qu'on lui propose, de quoi compenser pour satisfaire son appétit», affirme Marie Breton.

L'exemple de papa et maman

Installé dans sa chaise haute, l'enfant observe ses parents manger et en tirer du plaisir. Il y voit un incitatif à manger beaucoup plus important que tous les discours sur les vitamines et la pression qu'on peut lui imposer pour qu'il mange son brocoli. En général, la situation devient plus facile à gérer lorsque l'enfant atteint l'âge de trois ans. Il faut cependant continuer à ouvrir ses horizons culinaires, toujours en ne lui mettant pas de pression. Selon Marie Breton, les tâches des parents consistent à préparer une variété d'aliments sains, agréables au goût, et à les apporter sur la table à l'heure du repas. C'est à l'enfant de déterminer la quantité d'aliments qu'il mangera. Il se peut bien qu'il mange peu, ou pas du tout, mais au bout du compte, il comblera ses besoins alimentaires. «On doit seulement tenir compagnie à l'enfant, entretenir une conversation agréable avec lui, sans le pousser à manger. Notre présence et notre attitude à table sont beaucoup plus importantes», conclut la diététiste.

Collaboratrice du Devoir