L'imam Jaziri renonce à entraîner les manifestants devant le consulat du Danemark

Les organisateurs de la manifestation prévue cet après-midi dans le centre-ville de Montréal pour protester contre la publication des caricatures du prophète Mahomet ont renoncé à s'arrêter devant le consulat du Danemark, sur la place Ville-Marie.

Les appels répétés de plusieurs représentants de la communauté musulmane pour l'annulation de l'événement par crainte d'un dérapage n'ont pas convaincu l'imam de la mosquée al-Qods, Saïd Jaziri. «C'était très délicat pour nous de prendre cette décision. On a essayé de choisir entre notre droit démocratique de manifester ou bien le risque d'un débordement de la manifestation. On va mettre tous nos efforts contre le débordement», a expliqué M. Jaziri.

Les manifestants sont attendus à 14h devant l'entrée principale de l'université McGill, rue Sherbrooke. «Pour couper l'infiltration des gens qui voudraient semer le trouble dans la manifestation, on a décidé de ne pas marcher, de rester sur place devant l'université McGill. Le contrôle de la foule sera très simple. On évitera les troubles ou les gens qui voudraient en faire», a affirmé M. Jaziri, précisant qu'il sera interdit de brûler des drapeaux européens.

L'imam assure que la manifestation fera entendre un discours pacifique, dénonçant non seulement la publication des caricatures jugées offensantes, mais aussi le terrorisme et la violence. «On va dénoncer toute atteinte aux choses sacrées, qu'elles soient musulmanes, chrétiennes ou juives. [...] On veut dire: SVP, ne nous faites pas mal. Notre prophète, c'est très cher pour nous, on a plein d'amour pour lui, ne l'insultez pas», a poursuivi M. Jaziri.

Le président du Conseil musulman de Montréal, Salam Elmenyawi, qui a tenté de dissuader M. Jaziri de tenir cette manifestation, disait espérer hier «que tout aille pour le mieux». Il préparait hier une déclaration conjointe avec des représentants d'autres confessions qui pourrait être lancée la semaine prochaine.

Une autre manifestation aura également lieu le dimanche 19 février à Toronto pour dénoncer les caricatures danoises.

Des jeunes Libanais dénoncent la violence

Déjà hier, la crise des caricatures s'est répercutée dans le centre-ville de Montréal, où une centaine de jeunes Libanais ont dénoncé la violence qui a caractérisé la manifestation du 5 février dernier à Beyrouth.

Ces enfants de la guerre civile, chrétiens et musulmans, drapés aux couleurs de leur pays, se sont indignés des débordements de dimanche dernier, alors que l'ambassade danoise à Beyrouth ainsi que plusieurs voitures ont été incendiées et que des roches ont été lancées sur des églises.

«Il y a un équilibre fragile au Liban entre chrétiens et musulmans. Il y a 10 ans, une guerre civile qui a duré deux décennies s'est terminée. Les séquelles sont encore là. N'importe quelle flamme peut embraser cette haine. On est là pour dire que 20 ans de guerre nous ont appris la leçon et on va essayer de rester au-dessus de ces problèmes», a plaidé Frederic Freir, 19 ans. Ces jeunes Libanais dénonçaient les actes d'une «minorité» d'extrémistes qui veulent «déstabiliser le Liban», soutenant que plusieurs d'entre eux n'étaient même pas originaires du pays.