C'est le zoo!

Ces pensionnaires du zoo de Québec attendant une décision sur leur sort.
Photo: Clément Allard Ces pensionnaires du zoo de Québec attendant une décision sur leur sort.

Partisans de la fermeture du jardin zoologique, le ministre responsable de la capitale nationale, Michel Després, et la mairesse Andrée P. Boucher ont dû se rallier à la volonté populaire et proposer un plan pour le garder ouvert. Or, jusqu'à présent, le plan en question a surtout provoqué des querelles dans la région.

Québec — Le jardin zoologique de Québec devait fermer ses portes le 3 février. Pour le ministre Michel Després et la mairesse de Québec, Andrée P. Boucher, il n'y avait plus rien à faire avec cet équipement. «Pour nous, la décision est prise, répétait le ministre dans les médias, en décembre. [...] Depuis 2003, l'achalandage au Jardin zoologique du Québec est nettement inférieur aux prévisions [...] Le gouvernement doit être responsable et tenir compte de la capacité de payer des contribuables.»

Andrée P. Boucher avait clairement indiqué qu'elle ne ferait rien pour sauver le vieux zoo, fondé il y a 75 ans. Qualifiant le dossier de «flop», elle avait fait valoir que ses petits-enfants avaient peu apprécié l'endroit lors d'une visite deux ans plus tôt.

Or la population en a voulu autrement. À l'initiative de la Chambre de commerce des entrepreneurs, le milieu des affaires et du tourisme s'est mobilisé. Le jeune Frédéric McCune, 12 ans, a fait circuler une pétition qui a recueilli 45 000 signatures. Une journée «portes ouvertes» a permis à la population de découvrir la nouvelle serre tropicale. Poussé en prime par la tenue des élections fédérales, le zoo est devenu un enjeu régional incontournable.

Des problèmes d'argent

«Après avoir décrié le zoo, beaucoup de gens ont pris la peine de venir le voir et ont réalisé qu'ils ne pouvaient pas s'en priver», signale le président du zoo et de l'aquarium, Denys Larose. Il faut dire que le jardin zoologique avait mauvaise presse depuis quelques années. On savait de la nouvelle serre tropicale qu'elle avait coûté très cher et qu'on y trouvait peu de mammifères. Dès lors, peu de gens s'étaient rendus au nouveau zoo, qui continuait de faire les manchettes en raison de difficultés financières persistantes. Le zoo et l'aquarium avaient notamment subi les contrecoups du retrait du financement fédéral de 18 millions à la suite des déclarations de Bernard Landry sur les «chiffons rouges».

L'ancien gouvernement péquiste avait financé de grands travaux de rénovation entre 2001 et 2003. Mais cela n'avait pas suffi. «Depuis 2003, on remet constamment en question notre existence, explique M. Larose. C'est impossible de travailler, de faire du développement, d'approcher les clientèles scolaires dans un tel contexte.»

Des conditions

Le message a été entendu. Deux mois après l'annonce de sa fermeture, le jardin zoologique est toujours ouvert et M. Després et Mme Boucher doivent maintenant défendre leur stratégie de relance. Le 20 janvier, ils concluaient une entente prévoyant que le gouvernement cède le zoo et l'aquarium à la Ville. La capitale héritait de son côté d'une subvention annuelle de 12 millions et la gestion des deux équipements était confiée à la Société des établissements de plein air du Québec (SEpaq).

Mais Mme Boucher a imposé ses conditions: pas question de soutenir le zoo toute seule. Les autres membres de la Communauté métropolitaine (Lévis, et les MRC voisines) feraient leur part, en assumant 24 % du déficit annuel des équipements.

Quant à la coalition pour la sauvegarde du zoo, elle allait aussi devoir contribuer quatre millions, à défaut de quoi la mairesse menaçait d'imposer une taxe spéciale sur les propriétés non résidentielles sur son territoire. Enfin, tout ce beau monde devait se rallier à l'entente au plus vite pour qu'on puisse aller chercher 35 millions à Ottawa avant le 31 mars.

Cela faisait beaucoup d'intervenants à convaincre pour une mairesse dont le style de leadership est loin de faire l'unanimité dans la région. Le vent a commencé à tourner en faveur du zoo cette semaine, quand l'opposition majoritaire au conseil de ville s'est rangée du côté de la mairesse. Les maires des villes défusionnées de L'Ancienne-Lorette et de Saint-Augustin ont emboîté le pas.

Or jeudi, les membres de la Communauté métropolitaine ont décliné l'offre pour la seconde fois et réclamé davantage de voix au chapitre. «Nous sommes clairement en faveur de la sauvegarde du zoo, a déclaré la mairesse de Lévis, Danielle Roy-Marinelli, mais on exige de nous des engagements financiers et l'approche ne nous convient pas. Nous voulons une entente avec le gouvernement, une entente qui nous donnerait au moins un droit de regard. Pour l'instant, c'est comme si on nous demandait de payer le déficit les yeux fermés.»

À la coalition pour la sauvegarde du zoo, on se désole de voir le dossier paralysé une fois de plus. «Le dossier est bloqué, ça tourne en rond, constate le président de la coalition et président de la Chambre des entrepreneurs, André Di Vita. Nous sommes quand même optimistes. Une fois que les membres de la Communauté métropolitaine auront les chiffres qu'ils demandent, s'ils acceptent, on passe à la dernière étape qui consiste à aller chercher l'argent du fédéral.»

À la coalition comme à la CMQ, on se questionne sur la bonne foi du ministre Després, qui répète dans les médias que le scénario de fermeture prévaudra si le milieu ne parvient pas à s'entendre bientôt. «Face à des gens qui demeurent campés sur leurs positions comme cela, j'en viens à me demander s'ils ont une volonté réelle de garder le zoo», a fait remarquer Mme Roy-Marinelli.

M. Di Vita trouve pour sa part que M. Després aurait pu mettre plus d'argent sur la table: «C'est complètement irréaliste de penser que notre coalition peut réunir quatre millions à Québec, en deux ou trois mois, voire en une année. Et même si on y parvenait, ça priverait de nombreux projets de fonds essentiels.»

Le président de la Chambre des entrepreneurs rappelle en outre que le gouvernement provincial était prêt à emprunter 23,4 millions de dollars pour financer la fermeture. «En gardant le zoo ouvert, on leur fait faire une économie! M. Després aurait très bien pu emprunter quatre millions ne serait-ce que pour fermer son dossier. Pardonnez-moi le jeu de mots, mais M. Després a vraiment une attitude de "fermeture".»

Collaboratrice du Devoir