21 février 1933 - L'agriculture à l'Assemblée législative

Au dernier recensement, notre province ne comptait pratiquement qu'un rural pour deux citadins. Véritable révolution dont nous ressentons, depuis trois ans surtout, les graves conséquences.

Les répercussions de ce renversement ont réveillé tout le monde. Avec la plus parfaite unanimité, l'opinion publique reconnaît que notre province doit remettre l'agriculture à la première place.

L'évidence de cette conclusion s'imposa même aux gouvernants. Aussi, les discours du Trône promettaient-il — enfin! — une vigoureuse politique d'agriculture et de colonisation.

Durant six semaines de session, quelles mesures furent adoptées pour réorganiser notre agriculture, garder nos exploitants sur leurs fermes, établir les fils de cultivateurs et ramener sur la terre les moins déracinés?

Il est vrai que l'agriculture a servi de thèmes à des concours d'éloquence parlementaire... De ce verbalisme abondant, faut-il attendre le salut de la province par la terre?

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Seule l'éloquence des faits compte. Or, un seul fait est actuellement acquis: une diminution de $5,145,890.14 dans le budget provincial.

Que la province de Québec, tout en annonçant une grande politique agricole et colonisatrice, puisse comprimer son budget d'un septième, c'est un véritable tour de force!

Les pays qui ont voulu atténuer la crise en fortifiant leur situation agricole ont dû augmenter leur budget. Ainsi, en Belgique, les dépenses sont passées de 32 millions de francs en 1930 à 365 millions en 1932. [...]

En Hollande, en Autriche, en Suisse, les dépenses ont presque quadruplé pendant ces dernières années. [...]

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Chez nous, le budget de l'agriculture est douloureusement amputé de $823,500.

Le Service de l'Economie rurale coordonnant toutes les activités du Ministère devrait nous préparer, pour toutes les régions de la province, un programme solide et méthodique de réorganisation agricole; on coupe ses crédits de $290,000. [...]

Le Parlement devrait voter au ministre un budget suffisant pour lui permettre de mener à bonne fin la reconstruction de notre agriculture. Notre province doit redevenir rurale: c'est pour elle une question de vie ou de mort. [...]

Albert RIOUX