28 février 1933 - L'incendie du Parlement à Berlin

Berlin, 28 (S. P. A.). - M. [Hermann] Wilhelm Goering, ministre sans portefeuille, a ordonné ce matin l'arrestation de 100 députés communistes au Reichstag à la suite de l'incendie qui a détruit hier soir les édifices du Parlement et que l'on attribue aux communistes.

La police a commencé à opérer les arrestations vers les quatre heures ce matin.

Ces chefs communistes seront détenus jusqu'à ce que l'on ait terminé l'enquête sur l'origine de l'incendie.

M. Goering, qui est chargé de cette enquête, a aussi enjoint à tous les journaux communistes et socialistes de cesser leur publication.

Les policiers ont occupé l'édifice du Vorwaerts, le principal organe du parti socialiste, où ils ont confisqué des tonnes de brochures et de manifestes d'élection.

Comme les communistes et les socialistes constituent le gros de l'opposition au régime Hitler au Reichstag et à la Diète de Prusse, on croit que le chancelier s'assurerait une forte majorité et au Reichstag et à la Diète aux élections de dimanche prochain en mettant les communistes hors la loi.

Des dommages

L'incendie a causé des dommages que l'on évalue à plusieurs millions de marks dans l'édifice qui loge les législateurs allemands [...].

Tous les pompiers de Berlin ont été appelés sur les lieux et ils ont dû travailler deux heures durant avant d'avoir raison de l'incendie.

L'édifice, qui est l'un des plus beaux de Berlin, a été construit de 1884 à 1894.

La police prétend que le feu a été mis à 14 endroits différents. Les autorités prétendent qu'il s'agit d'un complot communiste.

On a arrêté dans les corridors de l'édifice un jeune homme de 24 ans qui a déclaré s'appeler Van der Luebbe et venir d'Amsterdam et qui aurait admis avoir mis le feu pour tirer vengeance contre le capitalisme.

(Le chef du parti communiste hollandais, M. Devisses, a déclaré que personne ne connaît Van der Luebbe chez les communistes hollandais.)

Le péril communiste

Le cabinet allemand, qui était en séance depuis onze heures ce matin, s'est ajourné cet après-midi à 2 h. 30 pour se réunir de nouveau à 5 h. ce soir. Il a décidé de demander au président von Hindenburg un décret d'urgence 'pour la protection du peuple allemand contre le péril communiste', décret qui donnerait au cabinet les pouvoirs les plus étendus sur la liberté des citoyens.

Le cabinet a pris cette décision après avoir entendu le rapport de M. Wilhelm Goering sur l'incendie de l'édifice du Reichstag et sur la descente de la police la semaine dernière aux quartiers généraux des communistes à Berlin.

De nouveaux actes

M. Goering a affirmé qu'il est certain que les chefs communistes savent quelque chose de l'incendie de l'édifice du Reichstag.

Il a ajouté qu'ils se préparent à commettre de nouveaux actes de terrorisme sous le costume des policiers, des Casques d'Acier ou des nazis.

Les documents saisis aux quartiers généraux des communistes comprendraient des ordres contrefaits aux policiers et aux troupes de choc des nazis et des instructions pour empoisonner la nourriture et les puits.

Le cabinet a décidé de ne pas avoir recours à l'état de siège, afin de ne pas entraîner les soldats de l'armée permanente, la Reichswehr, dans la lutte électorale, mais les mesures qui seront prises auront pour effet d'établir une sorte de régime de loi martiale avec le seul concours de la police.

L'oeuvre d'agents provocateurs

Munich, Bavière, 28 (S. P. A.). - Le Neue Zeitung, l'un des rares journaux communistes qui continuent à paraître, a affirmé aujourd'hui que l'incendie qui a détruit une partie de l'édifice du Reichstag à Berlin est l'oeuvre d'agents provocateurs qui espèrent de cette façon rendre possible la suppression du parti communiste allemand.