N'est pas hydro-québécois qui le veut!

Les tarifs de branchement pour des résidences principales au réseau d'Hydro-Québec sont si prohibitifs qu'ils contreviennent aux principes de la nationalisation de l'électricité, qui visait à électrifier toutes les régions du Québec à des prix équitables et sur une base de tarifs uniformes.

C'est ce qu'ont soutenu cette semaine devant la Régie de l'énergie plusieurs associations de consommateurs, comme la Fédération municipale du Québec, l'Union des municipalités, l'Union des consommateurs, Option consommateurs et un groupe de 63 personnes aux prises avec le problème, qui ont mandaté un citoyen de Nominingue, Hugo Beaulieu, pour plaider leur cause en leur nom.

Ce citoyen, à qui la Régie refuse de rembourser une partie de ses frais de participation aux audiences dans ce dossier après les avoir approuvés, devrait débourser près de 60 000 $ pour raccorder sa résidence au réseau hydro-québécois avec une ligne de 980 mètres. Pour le raccorder à son réseau, Bell Canada lui demande 1000 $. En d'autres endroits, des citoyens ont même dû ajouter au coût de branchement celui du démantèlement de la ligne de Bell Canada, installée plusieurs années plus tôt.

Autre motif d'iniquité du système actuel, ajoutent les consommateurs, celui qui paye pour prolonger le réseau hydro-québécois en déboursant plusieurs dizaines de milliers de dollars ne recevra que 2800 $ en remboursement si quelqu'un d'autre vient se greffer sur cette nouvelle ligne. Et après cinq ans, Hydro-Québec ne rembourse plus rien, de sorte que le premier consommateur a tout payé à la place de la société d'État milliardaire, qui propose de maintenir en place un système tarifaire dit «d'utilisateur-payeur».

Pour la Fédération québécoise des municipalités, le système tarifaire actuel est absolument inique car il postule que les «citoyens des régions éloignées n'ont pas droit à un traitement équitable en ce qui a trait aux services hydroélectriques», une énorme dérive par rapport aux politiques d'électrification rurale qui ont suivi la nationalisation de l'électricité. La FQM propose que la construction des 400 premiers mètres soit gratuite et que le reste soit l'objet d'une tarification croissante.

Mais les grands clients industriels d'Hydro-Québec ainsi que la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante s'opposent à tout changement de politique qui n'imposerait pas aux consommateurs le coût marginal du prolongement des réseaux.

Selon le plaidoyer des consommateurs coincés par l'actuelle politique d'Hydro-Québec, 98 % du problème serait réglé si Hydro déboursait un million par an pour installer gratuitement les 400 premiers mètres, le reste étant l'objet d'une tarification aux coûts. Cela n'imposerait même pas, disent-ils, une augmentation d'un cent par client sur une base annuelle. Mais cela rejoindrait les objectifs de la nationalisation de l'électricité qu'a invoqués dans son mémoire la FQM, soit d'offrir à toute la population un «droit de libre accès à la distribution de l'électricité» et à «des tarifs censés être uniformes sur tout le territoire du Québec».

La FQM refuse par ailleurs les nouvelles propositions d'Hydro, qui voudrait s'en tenir à desservir les nouveaux clients uniquement là où il y a des réseaux d'aqueduc ou là où le nombre le justifie en quelque sorte. La FQM réplique que trois municipalités sur dix dans les Laurentides n'ont pas de réseau mais que ces citoyens ont droit au service électrique. Hydro-Québec a défendu sa position en soutenant que si ses tarifs de raccordement sont trop libéraux et qu'elle dessert tous ceux qui lui en font la demande, trop de gens s'installeront en région. Mais cela correspond précisément à la politique du gouvernement de dynamiser les régions, réplique la FQM.