La proximité d'un casino n'accroîtrait pas le jeu compulsif

À deux semaines de la fin des travaux d'analyse gouvernementale du projet de Loto-Québec de déménager le Casino de Montréal à un jet de pierre de Pointe-Saint-Charles, le professeur Robert Ladouceur, de l'Université Laval, estime que la proximité d'un casino n'entraîne pas d'augmentation du jeu pathologique.

Pour parvenir à cette conclusion, M. Ladouceur, rattaché au Centre québécois d'excellence et de prévention pour le traitement du jeu, largement financé par Loto-Québec, a analysé avec son équipe le comportement de 810 personnes de la région de Gatineau avant l'ouverture du casino de Lac-Leamy. Les chercheurs ont suivi le même groupe après un, trois et cinq ans. Les résultats obtenus tendent à démontrer que le jeu pathologique demeure stable.

À partir de ces résultats mais aussi de ceux d'une autre étude réalisée en 2002 avec l'Institut national de santé publique du Québec, M. Ladouceur établit que le pourcentage de joueurs pathologiques n'est pas lié à la proximité géographique d'un casino.

Selon lui, un résidant de Montréal, de Laval ou de Longueuil ne risque pas plus de devenir un joueur pathologique que la personne qui habite dans un petit village de la Gaspésie comme Saint-Alexis-de-Matapédia, à 722 kilomètres du Casino de Montréal. M. Ladouceur a expliqué hier que la prévalence du jeu pathologique s'établissait à 0,8 % dans un rayon de 20 km du casino, à 0,9 % dans un rayon de 40 km et à 0,8 % dans un rayon de 60 km. Ce taux tient compte de la population adulte au complet; l'interprétation des données ne cible pas la population qui serait à risque. Le professeur Ladouceur a affirmé qu'il est difficile d'établir clairement qui est la population à risque.

Le parallèle entre le casino de Lac-Leamy et le projet de relocalisation de celui de Montréal est d'autant plus étonnant que l'un est situé à l'écart des quartiers résidentiels et loin d'une population pauvre alors que l'autre serait installé dans la cour arrière du quartier Pointe-Saint-Charles, où une large part de la population est démunie. M. Ladouceur a reconnu qu'il existe des différences dont on doit tenir compte. «On ne peut pas considérer les deux bassins de population comme identiques. [...] Dans le débat actuel, il y a beaucoup d'opinions qui sont émises, mais il faut aussi regarder les données scientifiques», a-t-il souligné au Devoir.

La sortie publique de M. Ladouceur alors que son rapport de recherche n'est pas complété n'est pas fortuite. Il a reconnu qu'elle cadre dans le débat public actuel et dans le contexte des hauts cris des opposants, qui craignent entre autres une augmentation du nombre de joueurs compulsifs. «On voulait donner de l'information pour les gens qui devront prendre une décision. De façon bien humble, on voulait apporter un éclairage pour que les gens puissent avoir une perspective plus empirique», a-t-il fait valoir.

Cette intervention survient une semaine après que Le Devoir eut révélé l'avis du ministère de la Sécurité publique qui estime que la criminalité liée au jeu pathologique risque d'augmenter si le casino est déplacé de l'île Notre-Dame au bassin Peel. Mais il ne faut pas y voir une quelconque coordination avec Loto-Québec, a précisé M. Ladouceur.

Toutefois, Loto-Québec a participé à la mise sur pied du Centre québécois d'excellence et de prévention pour le traitement du jeu en le finançant directement (500 000 $ par année) pendant cinq ans. Depuis 2001, le financement des recherches de M. Ladouceur par Loto-Québec prend d'autres voies, notamment celle du Fonds québécois de recherche sur la société et la culture. De plus, M. Ladouceur agit comme expert auprès de Loto-Québec dans un dossier de recours collectif contre la société d'État. Il est également payé pour évaluer le programme d'auto-exclusion créé par Loto-Québec.