L'UPA réclame des états généraux de l'agriculture

Elle fait sourire les consommateurs, mais réfléchir les agriculteurs. La journée d'affranchissement des dépenses alimentaires, célébrée au Canada aujourd'hui, est l'occasion pour l'Union des producteurs agricoles (UPA) d'en appeler à la tenue rapide d'états généraux de l'agriculture. Une démarche nécessaire, estime Laurent Pellerin, président de l'organisme, afin de débattre collectivement des prix de vente des produits agricoles, de la concurrence, de la préservation du territoire agricole, mais aussi de la place de ce secteur primaire et vital dans la société québécoise.

«Nous avons entamé une première réflexion entre nous, a-t-il expliqué hier en marge d'une conférence de presse tenue à Montréal. Cette année va en être une de discussions avec nos fédérations et nos partenaires, avec comme objectif de tenir en 2007 des états généraux de l'agriculture.»

Les questions sur le gagne-pain de l'UPA sont en effet nombreuses. Surtout au moment où les ménages canadiens finissent aujourd'hui même d'accumuler l'argent nécessaire pour payer les factures d'épicerie en 2006, selon les données de Statistique Canada. Les Québécois qui consacrent 10,08 % de leur revenu familial après impôt à l'alimentation se sont affranchis, eux, dimanche dernier. Virtuellement, s'entend.

«À quoi va ressembler ce panier dans quelques années?, s'est demandé M. Pellerin. D'où vont provenir les aliments de demain? Comment auront-ils été produits? Et à quel prix?»

Pour alimenter la discussion sur les conditions de production d'un des paniers d'épicerie les moins chers du monde, le chef des agriculteurs s'est d'ailleurs dit, hier, très inquiet pour l'avenir des terres cultivables du Québec, menacées depuis des années par l'étalement urbain. Le développement résidentiel et la construction de terrains de golf ou d'autoroutes grugent en effet ces zones arables qui ne représentent, pour des raisons de climat et de proximité des marchés, que 2 % du territoire québécois, a tenu à rappeler la Coalition pour la protection du territoire agricole, dont l'UPA fait partie. «Ce n'est pas avec du béton et de l'asphalte qu'on nourrit le monde», a ironisé M. Pellerin.

L'idée de tenir des états généraux de l'agriculture, où la «fragilisation» des terres propices à la culture risque de trouver une place de choix, n'est pas nouvelle. Depuis 2003, l'Union paysanne (UP), qui dénonce le monopole syndical de l'UPA, tente avec d'autres organismes, de concrétiser un tel projet. En vain. «Tout ça est mort», indique-t-on désormais à l'autre bout du fil au Secrétariat des états généraux de l'agriculture du Québec, installé à Cap-Rouge dans la région de Québec.

L'UPA a toujours refusé de prendre part à cet exercice, prétextant qu'une discussion sur la syndicalisation n'aurait pas sa place dans un tel forum. N'empêche, selon nos informations, l'UP tient toutefois à remettre son projet sur les rails. Une rencontre avec plusieurs organismes ayant pris part à la première mouture de ces états généraux en devenir est d'ailleurs, cette semaine, à l'agenda du groupe de pression pour une agriculture à visage humain.