Péril en la demeure

Entre 1998 et 2006, on a reçu à l’urgence de Sainte-Justine pas moins de 74 enfants souffrant de traumatismes causés par la chute de téléviseurs.
Photo: Agence Reuters Entre 1998 et 2006, on a reçu à l’urgence de Sainte-Justine pas moins de 74 enfants souffrant de traumatismes causés par la chute de téléviseurs.

On accuse souvent la télé de tuer l'imaginaire des enfants, mais rarement de les tuer tout court. Pourtant, à l'hôpital Sainte-Justine, on constate une recrudescence d'accidents graves, parfois mortels, causés par des téléviseurs et des meubles mal fixés, qui basculent et écrasent de tout leur poids de jeunes enfants.

Depuis quelques semaines, le Centre Mère-Enfant a ainsi reçu à l'urgence deux poupons souffrant de traumatismes graves causés par la chute inopinée de téléviseurs. Peu avant Noël, un de ces jeunes enfants, âgés de 22 mois, est décédé des suites du traumatisme crânien causé par cet accident.

Même scénario à l'Hôpital de Montréal pour enfants, où l'on rapporte aussi le cas d'une vingtaine de jeunes enfants blessés à la tête et aux membres par la chute de gros meubles et de téléviseurs au cours de la dernière année. De nombreux autres accidents de ce genre, dont un mortel survenu en Ontario l'an dernier, ont été signalés au Canada récemment, a souligné hier Ginette Durocher, infirmière en traumatologie à l'hôpital Sainte-Justine. La situation serait assez préoccupante pour que Santé Canada envisage d'ouvrir une enquête sur la question.

Selon cette infirmière, entre 1998 et 2006, on a reçu à l'urgence de Sainte-Justine pas moins de 74 enfants souffrant de traumatismes causés par la chute de téléviseurs, 28 enfants blessés par des bibliothèques non ancrées et 18 par des bureaux de travail. De ce nombre, 15 enfants ont dû être hospitalisés en raison de traumatismes crâniens graves causant des hémorragies ou des fractures.

Les spécialistes de la traumatologie déclenchent donc la sonnette d'alarme et mettent en garde les parents contre ce danger méconnu, qui pourrait s'accentuer avec la popularité croissante des téléviseurs de très grande taille.

«Ce qui est clair, c'est que ces accidents sont facilement évitables, car les enfants sont en sécurité seulement si les meubles susceptibles de basculer, comme les téléviseurs ou les bibliothèques, sont solidement ancrés», explique Ginette Durocher. Cette dernière s'inquiète d'ailleurs de la prolifération de larges appareils à écran plat qui ne sont pas toujours fixés aux meubles ou aux supports destinés à cette fin.

On abonde dans le même sens à l'Hôpital de Montréal pour enfants, où l'on presse les parents de s'assurer que les unités murales qui sont vendues pour accueillir des téléviseurs soient assez solides pour soutenir le poids de ces appareils. On rappelle en outre que les tout-petits ne doivent pas être laissés sans surveillance dans une pièce.

«Il y a aussi beaucoup d'accidents impliquant des téléviseurs posés sur des meubles pivotants, ou des meubles sur roulettes que les enfants poussent», a indiqué hier Debbie Freedman, responsable du programme de traumatologie à l'Hôpital de Montréal pour enfants.

La plupart des enfants victimes de ces accidents sont des petits de 18 à 36 mois, qui commencent à découvrir le monde qui les entoure en grimpant ou en s'agrippant aux meubles les plus facile d'accès. Très souvent, affirme Mme Durocher, les petits cherchent à toucher aux boutons du téléviseur et parviennent à le déséquilibrer en tirant, ou en grimpant dans les tiroirs qui sont situés sous le meuble télé.

Selon le Système canadien hospitalier d'information et de recherche sur la prévention des traumatismes (SCHIRPT), 74 % des blessures rapportées chez les enfants de moins cinq ans surviennent à la maison. Pour chaque enfant décédé par traumatisme, on rapporte 45 hospitalisations et 1300 admissions à l'urgence.