Les familles se meurent d'inquiétude

Safaga, Égypte — Choqués, épuisés, exaspérés, les parents des victimes du naufrage de l'al-Salam 98 se heurtaient hier soir à Safaga, sur la mer Rouge, à l'absence totale d'informations sur le sort de leurs proches.

«Personne ne nous dit quoi que ce soit, c'est insupportable», se lamente Saïd Ali Saïd, venu s'enquérir du sort de son cousin, Sabeh Hamdi Chahine, 27 ans, qui travaillait au Koweït. «Qu'on me dise seulement s'il est mort ou vivant.»

Sur les quelque 1400 personnes qui étaient à bord de ce ferry parti jeudi soir du port saoudien de Douba, de l'autre côté de la mer Rouge, au moins 185 ont péri et quelque 300 auraient été secourues.

Près de 24 heures après le désastre, le plus important de l'histoire maritime égyptienne, un millier de personnes seraient ainsi portées disparues.

Quelques centaines de personnes ont afflué vers Safaga, l'un des hauts lieux du tourisme, où devait arriver l'al-Salam 98 à 3h30 locales.

Le navire aurait coulé environ trente minutes avant, selon le dernier message capté.

«Quand j'ai allumé la radio ce matin, quel choc, j'ai tout de suite filé ici», dit Saïd, revêtu d'une galabiya et coiffé du turban de coton blanc des habitants de Haute Égypte, dans le sud du pays.

Pour contenir leur poussée et calmer leur colère, des cordons de policiers ont été déployés. Les habitants de Safaga se sont joints aux familles, partageant leur anxiété qui n'a cessé d'augmenter au fil des heures.

Des cris, presque des slogans, fusent de cette foule qui n'arrive pas à comprendre pourquoi aucune liste n'a été publiée par les autorités. «Dites-nous la vérité», s'époumone un petit groupe que la police a tenté, en vain, de repousser.

«Je ne sais rien, j'en ai assez mais je vais repasser la nuit ici», dit Abdel Azem, originaire de Sohag, en Haute Égypte, qui était venu chercher son neveu Mahmoud Ahmad Mohammed, 30 ans, qui lui aussi travaillait au Koweït.

Les rescapés devaient arriver à Safaga et Hourgada, à 100 kilomètres plus au nord.

À l'hôpital de Safaga, un peu en retrait du port, quelques familles attendent l'arrivée des miraculés. L'atmosphère est plus calme, presque résignée.

Les causes du naufrage de ce navire appartenant à la compagnie maritime al-Salam Maritime Transport, dont le siège est au Caire, ont déjà donné naissance à une controverse.

Le président égyptien, Hosni Moubarak, a exigé une enquête d'urgence sur le naufrage, en évoquant une possible défaillance dans les moyens de sauvetage.

«La rapidité du naufrage du navire et le fait qu'il n'y avait pas à bord un nombre suffisant d'embarcations de sauvetage confirment qu'il y avait un problème», a indiqué son porte-parole Soleimane Awad, à la télévision égyptienne.