La costumière sous toutes ses coutures

Oreilles-papillon, un costume conçu pour le personnage Joujou Velcro (Vincent Bolduc) dans la télésérie Cover Girl.
Photo: Jacques Grenier Oreilles-papillon, un costume conçu pour le personnage Joujou Velcro (Vincent Bolduc) dans la télésérie Cover Girl.

On lui doit les tenues flamboyantes de Creton et les jaquettes coquettes de Môman dans La Petite Vie, une paire de souliers d'Elvis Gratton aussi criards que le personnage lui-même et les fringues affriolantes des personnages de la télésérie Cover Girl. Entre autres créations, car Suzanne Harel a conçu depuis une trentaine d'années un véritable patchwork de costumes et d'accessoires pour le cinéma, la télévision et le théâtre québécois, dont l'exposition Costumes de scène présente un échantillon à la galerie Espace Création de Montréal.

Rien qu'à sa façon de bouger en décrivant un look vestimentaire qu'elle a imaginé de toutes pièces pour un artiste, on a l'impression que la costumière en redessine les formes, là, devant nous, tellement le geste est éloquent, stylé. Celle qui a élaboré les costumes de nombreux personnages évoluant sur nos scènes, de même qu'au petit et au grand écran, vient de recevoir le prix Jean-Besré au gala des Gémeaux 2005, décerné par l'Académie canadienne du cinéma et de la télévision pour l'ensemble de son oeuvre.

C'est la première fois que Suzanne Harel expose une sélection de ses créations, dont certaines ont campé des rôles marquants dans plusieurs productions québécoises. Tout a commencé avec Paul et Paul, de même qu'avec les productions de Louis Saia, vers la fin des années 70. Puis, de fil en aiguille, sa carrière s'est tricotée serré: habilleuse d'Yvon Deschamps, assistante-costumière à l'atelier de François Barbeau, Louise Jobin et François Laplante, puis créatrice des costumes pour les Rock et Belles Oreilles, La Vie la vie, La Cage aux folles, Don Quichotte et combien d'autres.

Tout ce qu'elle voit, entend, ressent, vit, semble s'imprimer dans sa mémoire pour être éventuellement mis à contribution, qui sait, dans quelque création. Comme cette salopette affublée d'une série de gants de travail assemblés pièce sur pièce: «C'était dans un party d'Halloween, raconte Suzanne Harel. Comme déguisement, un des invités portait quelques gants, devant et derrière... » L'image lui est restée, puis elle l'a récupérée en transformant l'idée à sa façon dans l'élaboration du costume Reno-Dépôt pour le personnage Patrice Carrier (Patrick Labbé) dans Cover Girl, à Radio-Canada.

Et, apparemment, il n'y a rien à son épreuve, même habiller... une dinde pour la télésérie La Petite Vie! Ses conceptions prennent d'abord la forme de croquis avant d'être soumises à la réalisation finale. Mais pour vraiment découvrir l'artiste sous toutes ses coutures, les visiteurs trouveront également dans l'exposition quelques-unes de ses acryliques sur toile, ainsi que des images de son travail défilant constamment sur deux écrans.

Ses oeuvres vestimentaires pour la faune artistique s'accompagnent souvent de la création d'accessoires assortis, de concert avec les accessoiristes. «Les idées et les éléments de fabrication des costumes sont d'abord mis au point pour les têtes d'affiche, qui sont rapidement identifiées parmi les acteurs potentiels d'une production, explique Suzanne Harel. Mais pour composer un look de rôle de soutien, souvent attribué en dernière minute, il est possible que je dispose de quelques jours seulement.» Elle aura donc déjà envisagé pour celui-ci des concepts à être fignolés rapidement.

Mais que porte donc au quotidien la costumière qui habille bon nombre des artistes de la scène québécoise depuis trois décennies? «Je suis plutôt du style Bill Wabo!», lance-t-elle, spontanée, comme dans toutes ses répliques d'ailleurs. Pour mémoire, Bill Wabo était l'Amérindien — le Sauvage, comme ils disaient — dans la télésérie Les Belles Histoires des Pays d'en Haut.

Quand elle n'est pas occupée à magasiner pour une nouvelle production ou à jongler avec quelque idée de look original, Suzanne Harel s'amuse à chanter dans la chorale Des Voix Ferrées. «Un loisir, précise-t-elle, mais qui me permet en même temps de comprendre un peu mieux le monde de l'acteur, comme lorsque j'ai le trac en coulisse ou sur scène.» Ce qui lui sert aussi dans ses créations. Rien ne se perd...

À voir ces comédiens vêtus de leurs meilleurs atours dans une production artistique, on ne soupçonne pas que derrière la conception de ces costumes de scène se cache tout un processus créatif complexe. Et les sceptiques peuvent aller se rhabiller.
- Costumes de scène, dans le cadre de l'exposition Îuvres choisies qui présente pour la première fois au grand public des acquisitions récentes de la Collection Loto-Québec. Espace Création, 500, rue Sherbrooke Ouest à Montréal. Jusqu'au 26 février.

(514) 499-7111. www.loto-quebec.com.