Avis de la Sécurité publique sur les conséquences du déménagement de la maison de jeu - Les partisans du casino au bassin Peel refusent de se laisser émouvoir

Le risque d'augmentation du nombre de joueurs pathologiques et de la criminalité qui en découle ne doit freiner en rien Loto-Québec dans ses intentions de déménager le casino de Montréal à proximité du quartier Pointe-Saint-Charles, croit la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

L'avis du ministère de la Sécurité publique sur les répercussions du projet de Loto-Québec en matière de sécurité publique que Le Devoir a révélé hier n'ébranle pas les convictions d'Isabelle Hudon, directrice générale de la Chambre de commerce et l'une des têtes dirigeantes de la coalition de gens d'affaires mise sur pied pour appuyer Loto-Québec. Selon Mme Hudon, la création d'un vaste complexe récréo-touristique incluant le casino constitue un projet «très porteur» pour le développement de Montréal.

«Je sais qu'il y a des préoccupations autour de l'installation du complexe de divertissement au bassin Peel. Je ne me mets pas la tête dans le sable. Qu'on parle de préoccupations, tant mieux. Mais surtout qu'on ne s'arrête pas parce qu'il y a des préoccupations», a affirmé hier Mme Hudon.

À Tourisme Montréal, partenaire fondateur de la coalition, on ne voit pas, dans le rapport du ministère de la Sécurité publique, matière à s'inquiéter. «C'est prématuré de faire un constat final. Peut-être y aura-t-il des aménagements possibles pour contrer des impacts s'ils sont bien réels?», a indiqué le porte-parole, Pierre Bellerose.

Comme Le Devoir l'a révélé hier, la relocalisation du casino à proximité du quartier Pointe-Saint-Charles risque d'avoir une incidence sur la criminalité chez les joueurs pathologiques. Cette criminalité dite d'appropriation, c'est-à-dire des crimes sans violence qui permettent aux joueurs pathologiques de se procurer de l'argent pour payer leurs dettes de jeu ou pour tenter encore une fois leur chance, risque de suivre la même courbe ascendante. «Les crimes les plus susceptibles de connaître une progression seraient [...] les introductions par effraction, les fraudes et les vols divers. Il serait également probable que les réseaux de prêt sur gage ou de prêt usuraire déjà en place bénéficieraient également d'une hausse de leur clientèle.»

Le ministère de la Sécurité publique estime toutefois que les deux autres formes de criminalité, soit celle associée à un offre illégale de jeu et celle périphérique à l'industrie du jeu, risquent peu de connaître une recrudescence. La criminalité qui se déroule dans l'enceinte du casino, comme les activités de blanchiment d'argent, suivra le déménagement, sans plus, souligne-t-on dans le document. Aussi, la prostitution ne devrait pas être accentuée par la relocalisation du casino, car les agences d'escorte «n'ont pas nécessairement pignon sur rue et [...] peuvent être gérées à distance avec un simple téléphone cellulaire».

Le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, est resté muet hier sur le dossier. Loto-Québec n'a pas voulu non plus émettre de commentaire.

Toutefois, cet avis, déposé sous peu au comité interministériel qui étudie le projet de Loto-Québec, a trouvé écho du côté de la table de concertation de Pointe-Saint-Charles, appelée Action-Gardien. «Ça confirme nos craintes et c'est une raison de plus pour maintenir le casino sur son site actuel. Mais surtout, ça nous indique qu'il faut respecter le principe de précaution qui était à la base de la décision de 1992 d'isoler le casino d'une zone résidentielle», a fait valoir Karine Triollet, porte-parole de l'organisme.