Le maire de Québec pourfend la CAQ au sujet de l’étalement urbain

« J’ai lu, de la part du gouvernement de Québec, que si on pense densification, ça veut dire qu’on ne veut pas développer le territoire. Ce n’est pas ça, ce n’est pas ça du tout », a rectifié le maire de la capitale nationale, Bruno Marchand.
Renaud Philippe Le Devoir « J’ai lu, de la part du gouvernement de Québec, que si on pense densification, ça veut dire qu’on ne veut pas développer le territoire. Ce n’est pas ça, ce n’est pas ça du tout », a rectifié le maire de la capitale nationale, Bruno Marchand.

« Populistes », « fallacieux », « dangereux » : le maire de Québec a fustigé les propos émis par la CAQ qui normalisent l’étalement urbain et qui résument la densification urbaine à une « mode ». L’urgence climatique, souligne Bruno Marchand, impose un coup de barre que le gouvernement ne semble pas vouloir donner, selon lui.

Le maire de Québec voulait remettre les pendules à l’heure. Il a profité de l’ouverture des assises de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), mercredi matin, pour le faire.

« J’ai lu, de la part du gouvernement de Québec, que si on pense densification, ça veut dire qu’on ne veut pas développer le territoire. Ce n’est pas ça, ce n’est pas ça du tout », a rectifié le maire de la capitale nationale.

Certains ministres caquistes ont récemment fait sourciller le monde municipal en remettant en question la nécessité de densifier les villes. Le ministre des Transports, François Bonnardel, a résumé la densification à une « mode » et à une « tendance ». Sa collègue des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, a quant à elle déclaré qu’il pouvait y avoir confusion entre « étalement urbain » et « développement du territoire ».

Pour M. Marchand, « quand le gouvernement dit ça, [il] nuit au débat » entourant l’aménagement du territoire au Québec. Le jeu de la CAQ est « vraiment dangereux », soutient le maire de la capitale, et son discours a des relents « populistes ». « On est dans une urgence climatique, les gens nous demandent des actions qui vont avoir de l’impact. Si ce qu’on nous dit, c’est que ce n’est pas si important que ça, je pense qu’on est en inadéquation avec les citoyens. »

Les arguments avancés par la CAQ pour défendre son troisième lien ne convainquent pas le maire de Québec. Le fardeau de la preuve, répète-t-il, incombe au gouvernement.

« Quand on nous dit que la voiture électrique va nous sauver, ce n’est pas vrai », a affirmé le maire Marchand, mercredi. « La voiture électrique, c’est ce que la cigarette électronique est à la cigarette. C’est un moindre mal […], parce que produire une voiture électrique, c’est pire en GES. On évalue qu’au Canada, ça prend 85 000 kilomètres pour la rentabiliser par rapport à une voiture à essence. Donc quand on nous dit que “dans le tunnel, il va y avoir des voitures électriques, ça va être une bonne chose”, je veux qu’on le démontre. »

Un mouvement derrière le maire

Le maire de Québec trouve des alliés dans sa croisade contre le gouvernement caquiste. Un rapport du Comité consultatif sur les changements climatiques proposait lundi l’imposition d’un moratoire sur le développement routier pour freiner l’étalement des villes.

Le président de l’UMQ et maire de Gaspé, Daniel Côté, maintient lui aussi que la densification, loin d’être une mode passagère, relève plutôt d’une « tendance lourde » présente à l’international et alimentée autant par une nécessité de réduction des coûts de construction des villes que des émissions polluantes de leurs habitants.

« Les gens ont le droit d’habiter où ils veulent », a tenu à rappeler le maire de Québec, mercredi, en écho aux propos du ministre Bonnardel, qui estime ne pas avoir l’autorité pour dire aux gens où ils doivent résider. « Mais chaque fois que quelqu’un habite très, très loin d’où il travaille, il exige que le gouvernement construise des autoroutes. […] Ça augmente les coûts et ça augmente surtout nos émissions de gaz à effet de serre. »

Bruno Marchand campe de plus en plus ouvertement le rôle d’objecteur de conscience face à une CAQ qui ne répond pas toujours adéquatement, selon lui, à l’alarme sonnée par le GIEC. « Pour l’instant, le gouvernement n’a pas démontré d’intérêt — du moins, le ministre des Transports — à freiner l’étalement urbain », a-t-il encore lancé mercredi.

La sortie du maire Marchand précède le discours du premier ministre François Legault attendu jeudi matin devant l’UMQ, réunie à Québec. Vendredi, ce sera au tour de la ministre Andrée Laforest de prendre la parole. Plusieurs attendent de voir la teneur de la stratégie d’aménagement du territoire qu’elle doit présenter ce printemps.

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