Québec a les coudées franches pour lancer son projet de tramway

Illustration du réseau du tramway sur la rue de la Couronne
Ville de Québec Illustration du réseau du tramway sur la rue de la Couronne

Le gouvernement a finalement adopté les décrets nécessaires au lancement des appels de propositions concernant le tramway de Québec. Après deux semaines d’affrontements, les troupes caquistes n’imposent aucune condition à la Ville.

« La Ville peut donc désormais lancer ses appels de propositions », confirme un communiqué publié par le gouvernement.

Le maire de Québec, Bruno Marchand, aura les coudées franches pour le faire : la rue partagée qui a mis le feu aux poudres entre les deux ordres de gouvernement, il y a deux semaines, ne trouve plus de contestation au sein du Conseil des ministres.

Même chose en ce qui concerne l’acceptabilité sociale : désormais, le gouvernement la « souhaite », sans l’exiger.

Malgré de nombreuses sorties remettant en question la validité du tramway auprès de la population de Québec, le gouvernement n’inclut donc aucune clause dans les décrets à ce sujet. En point de presse, les ministres François Bonnardel et Geneviève Guilbault se sont défendus d’avoir changé d’idée ou d’avoir reculé.

Le projet de tramway, a dit M. Bonnardel, souffre « d’un déficit communicationnel », problème dont le maire de Québec est « pleinement conscient », a ajouté sa collègue. Pourquoi, dans ce cas, avoir multiplié les avertissements à ce sujet et à propos de la voie partagée ces dernières semaines ? « Parce que c’est vrai, que l’acceptabilité sociale est importante », a rétorqué Mme Guilbault. « Il appartient au maire de montrer qu’on peut faire mieux », a déclaré M. Bonnardel.

Quant à savoir si le gouvernement pourrait associer des conditions à d’autres décrets dans l’avenir, Mme Guilbault a répondu que ce n’était pas son intention, avant de mentionner que le projet allait nécessiter d’autres décrets en 2022, notamment pour le dossier d’affaires. « Il y a d’autres étapes. C’est certain que le gouvernement n’a pas terminé son intervention dans ce projet-là. Mais nous, on veut travailler avec le maire. »

Le gouvernement presse désormais Ottawa de confirmer sa participation de 40 % aux nouveaux budgets requis par le projet de transport.

Nouvelle « extraordinaire », selon le maire

Bruno Marchand a salué une nouvelle « extraordinaire » pour la Ville de Québec et ses résidents.

« Je salue le gouvernement de nous permettre d’aller de l’avant », a dit le maire, en assurant que les tergiversations qui ont précédé l’adoption des décrets ne provoqueront aucun retard. La Ville lancera ses deux appels de propositions — une à propos du matériel roulant, l’autre concernant l’infrastructure du futur tramway — au printemps, comme c’était prévu.

Fort du feu vert ministériel, le maire de Québec entend poursuivre sa promotion du tramway auprès des résidents de sa ville. « Ce que j’ai garanti au gouvernement, a indiqué M. Marchand, c’est mon engagement indéfectible d’être le capitaine tramway. »

Un récent sondage publié en janvier montrait un appui de seulement 41 % au tramway, une adhésion que le maire juge nettement insuffisante et qu’il a promis d’augmenter. Depuis, il multiplie les apparitions publiques, notamment sur les réseaux sociaux, pour répondre aux questions de la population au sujet du projet.

Défendre les champs de compétence

Le bras de fer qui opposait le gouvernement caquiste et le maire de Québec a résonné bien au-delà des frontières de la capitale nationale. Plusieurs ténors du monde municipal, notamment la mairesse de Montréal, Valérie Plante, et l’Union des municipalités du Québec, avaient dénoncé l’ingérence gouvernementale dans les champs de compétence des villes.

« L’aménagement, ça appartient à la responsabilité et aux compétences des villes du Québec, a répété M. Marchand. Il y a la vision très, très classique, et selon moi dépassée, où une ville, ça fait du déneigement, ça remplit des trous dans une rue et ça s’arrête là une fois qu’elle a ramassé les poubelles. Moi, je pense qu’en 2022, ce n’est plus ça, une ville. »

Le maire a constaté que les sorties intempestives de plusieurs ministres contre lui et le tramway ont réveillé les partisans du projet. « Ç’a été un tournant par rapport à ce que ç’a créé dans la population », a-t-il expliqué en point de presse. Selon M. Marchand, l’adoption des décrets ne représente pas une victoire personnelle, mais plutôt celle d’une communauté.

« Il y a eu cette espèce de mobilisation d’adhérents et il y a eu des gens qui se sont mis à dire : “Moi, j’y crois, à ce projet-là. Il faut que je prenne le micro, il faut que je prenne la plume, il faut que je m’implique comme citoyen.” C’est de très bon augure pour la suite », a conclu le maire.

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