La rue partagée avec le tramway de Québec rallie plusieurs appuis dans la capitale

La sortie du gouvernement sur la voie partagée de 500m avait valu au maire Bruno Marchand une salve de condamnations.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir La sortie du gouvernement sur la voie partagée de 500m avait valu au maire Bruno Marchand une salve de condamnations.

À défaut de plaire au gouvernement provincial, la rue partagée envisagée par la Ville de Québec semble rallier une bonne part des citoyens de la capitale nationale. Les résultats préliminaires d’un questionnaire en ligne non scientifique montrent une adhésion de 69 % à la voie projetée par l’administration Marchand.

Fort de cet appui récolté auprès de 2099 répondants, Bruno Marchand promet d’aller de l’avant avec le scénario de la rue partagée. « C’est définitif, nous allons vers ça », a souligné le maire de Québec.

M. Marchand refuse ainsi de plier l’échine devant les conditions imposées par des poids lourds du Cabinet de François Legault. La semaine dernière, plusieurs ministres ont vertement critiqué l’idée de tronçon de 500 m partagé entre automobilistes, piétons et cyclistes sur le boulevard René-Lévesque, rendant même l’adoption d’un décret ministériel nécessaire à la réalisation du tramway conditionnel à son abandon.

Les résultats de la consultation menée par la Ville montrent que l’appui à la rue partagée dépasse les frontières des quartiers limitrophes du tronçon. Parmi les 1312 répondants vivant loin du boulevard René-Lévesque, l’adhésion atteint 64 %. Le soutien à la rue partagée parmi les 61 répondants qui résident à l’extérieur de la ville se chiffre à 75 %.

Ingérence et moratoire

La sortie du gouvernement lui a valu une salve de condamnations. L’Union des municipalités du Québec et la mairesse de Montréal, Valérie Plante, ont notamment dénoncé l’intrusion du gouvernement provincial dans les champs de compétence municipaux.

Mercredi, à l’Assemblée nationale, les oppositions ont déposé une motion réclamant du gouvernement du Québec qu’il « respecte » l’autonomie des municipalités « en soutenant sans ingérence les villes dans la planification de leurs projets ». Déposée par la députée péquiste Méganne Perry Mélançon, la motion a été adoptée à l’unanimité.

La même journée, le chef du Parti conservateur du Québec (PCQ), Éric Duhaime, a ajouté son grain de sable dans l’engrenage du tramway en ne demandant « rien de moins qu’un moratoire » au gouvernement lors de la présentation de sa candidate dans Taschereau, Marie-Josée Hélie. « Il n’y a pas d’acceptabilité sociale, a soutenu l’ancien chroniqueur. Ce qu’on demande au gouvernement, c’est qu’il attende après le 3 octobre avant d’adopter quelque décret que ce soit. »

Le PCQ promet de présenter sa vision en matière de transport pour la capitale nationale d’ici l’été.

« Tout le monde a pu mobiliser son réseau »

Le deuxième groupe d’opposition à l’hôtel de ville a dénoncé un exercice « arrangé avec le gars des vues ». À preuve, selon lui : un courriel envoyé par un organisme favorable au tramway, Accès transport viable, qui invite les destinataires à répondre au questionnaire pour contrebalancer une campagne entreprise par une radio privée.

« Radio X mobilise ses auditeurs à envahir le sondage afin de défavoriser la rue partagée », indique le message mis en lumière par le parti municipal Québec 21. L’organisme dirige ensuite les gens vers un document d’information préparé par J’ai ma passe, un groupe qui appuie aussi le projet. « Ce que vous tenez entre les mains, c’est une véritable bombe », a lancé le conseiller Jean-François Gosselin en faisant circuler les courriels parmi les journalistes.

Le maire, Bruno Marchand, l’entend autrement et n’y voit pas le scandale décrié par la deuxième opposition. « Tout le monde a pu mobiliser son réseau. Quand les chiffres vont dans l’autre sens [et sont défavorables au tramway], là, on ne remet pas en question la validité de la méthode ni la légitimité des résultats. »

Il a rappelé un sondage présenté en janvier dernier par son administration qui accordait seulement 41 % d’adhésion au projet de tramway. « Il n’y a personne qui a remis en question les résultats. Tout le monde a pris le 41 % pour nous taper dessus. »

Des appuis malgré la congestion

Le maire Marchand note par ailleurs que la diffusion par Le Journal de Québec le 17 mars dernier d’une étude qui faisait état d’un temps de déplacement susceptible de doubler sur la Grande-Allée et le boulevard Laurier après l’arrivée de la rue partagée n’a pas modéré le soutien au projet.

« À partir du moment où cet événement est survenu, il y a eu un changement important en faveur de l’option de la ville », a souligné Martin Lefebvre, directeur du service de l’interaction citoyenne à la Ville de Québec.

Quant à la reprise des pourparlers entre l’Hôtel de Ville et le gouvernement provincial, le maire Marchand assure avoir eu des contacts mardi avec Québec. « On a ouvert des ponts en vue d’avoir un décret le 6 », a-t-il indiqué. Le 6 avril est la date avancée par la Coalition avenir Québec pour donner son feu vert au lancement des appels de propositions concernant le matériel roulant du tramway.

Avec Isabelle Porter

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