Québec éteint l’espoir de sauver sa serre tropicale

Malgré un soulèvement citoyen et politique en faveur de sa survie, le démantèlement de la serre débutera en janvier 2022 pour céder le pas à un bassin de rétention.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Malgré un soulèvement citoyen et politique en faveur de sa survie, le démantèlement de la serre débutera en janvier 2022 pour céder le pas à un bassin de rétention.

Le sort de la serre indo-australienne de Québec est scellé. Malgré un soulèvement citoyen et politique en faveur de sa survie, son démantèlement débutera en janvier 2022 pour céder le pas à un bassin de rétention.

La Ville de Québec estime qu’il lui aurait coûté 1,5 million de dollars pour acquérir les lieux et six millions supplémentaires pour remettre à neuf la serre de 2500 m2 laissée à l’abandon depuis la fermeture du jardin zoologique de Québec, en 2006.

Un montant trop élevé au goût de la nouvelle administration, qui n’a pas voulu délier les cordons de sa bourse pour sauver cette infrastructure, inaugurée en 2002 au coût de 14 millions de dollars et dont la durée de vie utile aura été d’à peine 4 ans.

« Présentement, on juge que les citoyens de Québec n’en auraient pas eu pour leur argent », a expliqué le maire Bruno Marchand.

La Ville de Québec n’a d’ailleurs jamais cogné aux portes du gouvernement Legault pour lui demander du financement, admet la conseillère du district Louis-XIV, Marie-Pierre Boucher, élue sous la bannière de Québec forte et fière.

« La Ville a très peu de pouvoirs dans ce dossier », concède-t-elle.

Au printemps, le ministère des Ressources naturelles et de l’Énergie a cédé les terrains et les installations de l’ancien zoo de Québec au Centre de services scolaires des Premières Seigneuries. Depuis, deux écoles doivent voir le jour là où un stationnement, autrefois, accueillait les visiteurs.

« Plus on retarde la démolition de la serre, plus on retarde la construction des écoles », a expliqué Mme Boucher. La progression des travaux nécessite la construction d’un bassin de rétention. Celui-ci sera aménagé là où la serre se dresse depuis 20 ans.

Dès février, la Ville entend lancer une ronde de consultations pour décider, de concert avec les citoyens, la vocation à donner aux terrains de l’ancien zoo. Présentement clôturés, ceux-ci redeviendront accessibles au public en 2024, expliquent la Ville et le centre de services scolaires dans un communiqué conjoint.

Citoyens en deuil

En pleine campagne électorale municipale, l’annonce de la démolition imminente de la serre avait mobilisé de nombreux groupes citoyens. Le parti de l’actuel maire, Bruno Marchand, avait demandé un moratoire sur son démantèlement.

Depuis, plus de 13 500 personnes ont signé une pétition demandant au gouvernement du Québec de la sauver.

Les élus provinciaux concernés, notamment le député de Charlesbourg et ministre Jonatan Julien, ont toujours renvoyé la balle dans la cour du centre de services scolaires, qui ne trouvait aucun projet de valorisation de la serre en phase avec sa mission éducative.

Michel Lagacé et la société du Jardin de la Capitale qu’il préside avaient présenté au centre de services scolaires, l’été dernier, sa vision pour la serre. Celle-ci incluait une conversion en jardin quatre saisons. Autofinancé, le projet reposait sur le développement d’une coopérative d’habitation. Le centre de services scolaires l’avait refusé, sous prétexte que le projet immobilier contrevenait au zonage municipal.

« C’est comme un deuil qu’on vit », déplore aujourd’hui M. Lagacé, un biologiste engagé dans l’édification de la serre en 2002 et mobilisé pour sa survie, en 2021. « Ce n’est pas digne — n’importe quelle nation, n’importe quel pays qui se respecte aurait su utiliser cette serre. »

La démolition terminée, quelques souvenirs de la serre demeureront. Le centre de services scolaires s’engage à conserver le bâtiment d’accueil et à récupérer « un maximum de matériaux », notamment un arbre-fontaine destiné à être intégré à une classe extérieure.

La capitale nationale figure parmi les seules villes de cette taille, au Canada, à ne pas avoir de jardins d’hiver. 

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