Bruno Marchand élu maire de Québec

Le chef de Québec forte et fière a remonté la pente face à Marie-Josée Savard, qui avait  été déclarée gagnante tôt dans la soirée.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le chef de Québec forte et fière a remonté la pente face à Marie-Josée Savard, qui avait  été déclarée gagnante tôt dans la soirée.

Les citoyens de la ville de Québec ont rompu avec l’ère Labeaume en tournant le dos à sa dauphine, Marie-Josée Savard. Bruno Marchand, issu du milieu caritatif, a concrétisé sa montée fulgurante des dernières semaines en remportant la course à la mairie dimanche soir dans un revirement complet de situation.

Dès le début de la soirée, la victoire à Mme Savard. Mais vers 21 h 30, l’écart entre les deux meneurs s’est rétréci, jusqu’à ce que M. Marchand déjoue les projections. Deux heures plus tard, le chef de Québec forte et fière (QFF) a coiffé sa rivale par 834 voix. Mme Savard avait pourtant été déclarée élue avec une majorité confortable en début de soirée.

« Est-ce que votre cœur tient encore le coup ? », a-t-il demandé en montant sur scène devant des partisans en liesse. Prudent étant donné l’allure de la soirée, il a déclaré qu’il était « encore trop tôt pour conclure », qu’il allait « attendre avant d’aller plus loin ».

Il s’est tout de même lancé dans un discours de victoire.

« Il y a encore quelques mois, nous étions à 1 %. Pas de nom. Pas encore de parti. Pas d’équipe. Un chef tellement inconnu que même le maire ne le connaissait pas », a rappelé le nouveau maire dans son discours de victoire. Il s’est félicité d’avoir fait de « cette étincelle », « un projet réel, concret », non sans féliciter ses adversaires et remercier le maire sortant. « C’est toute une page d’histoire de notre ville qui se tourne ce soir », a-t-il souligné.

En mêlée de presse, il a dit avoir gardé espoir de faire une remontée tout au long de la soirée, et ce, même si les médias avaient pris « 14 minutes » pour déclarer sa rivale gagnante. « J’ai dit à l’équipe : pourquoi ce ne serait pas une course serrée ? Croyons-y jusqu’à la fin. Et ça a reviré du bon bord », a lancé M. Marchand. Ses habituelles chaussures de course aux pieds, le coureur aguerri s’est lancé dans une comparaison sportive. « C’est une course, ça s’est fini au sprint, alors ça prenait des chaussures en conséquence ! »

La soirée électorale aura été à l’image de la campagne de M. Marchand. L’ex-directeur général de Centraide a connu une fin de parcours galvanisée, après un lent départ. Au Manège militaire Voltigeurs de Québec, les regards circonspects des partisans réunis dimanche soir ont laissé place à l’incrédulité lorsque l’écart entre le chef du parti QFF et la dauphine de M. Labeaume a commencé à se resserrer. « Gardez votre énergie, Mme Savard va peut-être devoir faire un nouveau discours », avait lancé la militante Élaini Lepage à la foule, animée d’une nouvelle énergie.

Quelques minutes plus tôt, Mme Savard livrait un discours de victoire dans lequel elle se félicitait pour son authenticité. Chez ses partisans, le coup de théâtre de fin de soirée a assombri les mines. Des signes d’inquiétude ont remplacé les cris de joie. Après avoir célébré la victoire de leur candidate, les partisans se sont mis à surveiller, l’air de plus en plus stressé, la remontée de Bruno Marchand dans les résultats.

Savard pourrait contester, Gosselin part

Pour Marie-Josée Savard, le pire des scénarios s’est concrétisé en fin de soirée. Vers 23 h 30, son directeur de campagne, Patrice Drouin, s’est présenté devant les journalistes pour leur dire qu’ils « avaient besoin de temps » pour réagir à la situation. « On ne connaît pas encore les résultats finaux. L’écart est tellement serré et on vous avoue que c’est une situation qu’on n’a jamais pu anticiper », a-t-il laissé tomber.

Le parti n’exclut pas de demander un dépouillement judiciaire, mais la décision sera prise au lendemain de l’élection, a-t-il aussi indiqué. « Je les comprends. À leur place, je ferais pareil », a dit M. Marchand au sujet de cette déclaration.

Devenu la troisième voix à Québec, le chef de l’opposition sortant, Jean-François Gosselin, a quant à lui annoncé qu’il abandonnait son rôle de chef de Québec 21. Il continuera de siéger à l’Hôtel de ville, a confirmé l’ex-député adéquiste.

L’annonce a été accueillie par un froid silence chez les militants. M. Gosselin se dirigeait après tout vers le gain d’un ou deux sièges supplémentaires, mais les résultats de la course à la mairie l’ont convaincu. « Ça fait deux fois que je me présente à la mairie et que je perds, a-t-il soulevé en mêlée de presse. C’est une décision logique. »

M. Gosselin s’était fait connaître pour ses positions pro-troisième lien en 2017 et avait engrangé deux sièges, puis un autre dans une partielle. Avec 25 % des votes, il récolte un appui comparable à celui obtenu en 2017 face à Régis Labeaume. Au moment où ces lignes étaient écrites, son parti son avait fait une percée dans Charlesbourg et consolidé ses appuis dans Beauport.

Quant aux deux autres candidats, Jean Rousseau et Jackie Smith, ils ont respectivement obtenu 4 % et 6 % des votes. Mme Smith pourra par ailleurs faire son entrée au conseil municipal puisque sa colistière, Madeleine Cloutier, a été élue dans Limoilou.

Le conseil municipal s’en trouvera plus diversifié que jamais, avec dix élus d’Équipe Marie-Josée Savard, six de Québec Forte et Fière, quatre de Québec 21 et un siège pour la chef de Transition Québec Jackie Smith. « On va travailler avec les autres, on va bâtir », a promis Bruno Marchand. « Il y a là une opportunité de construire de façon différente la ville, à tout le moins dans la façon de faire. »

Une reprise de 2007

En confiant les rênes du pouvoir à M. Marchand, les citoyens de Québec ont en quelque sorte renoué avec le scénario de 2007. Cette année-là, ils avaient élu un candidat qu’ils connaissaient à peine en début de course : Régis Labeaume.

Après 14 ans au pouvoir, l’inimitable maire a annoncé en mai son retrait de la vie politique. Un mois plus tard, il a accordé son soutien à Marie-Josée Savard, qu’il avait présentée comme son antithèse, parce qu’elle est « à l’écoute », « conciliante » et « patiente ».

Dans la course à la nomination du 38e maire de Québec, les citoyens de Québec ont bel et bien choisi un candidat qui avait promis d’adopter un « nouveau ton » — mais ce ne fut pas celui que l’ex-maire Labeaume voulait voir lui succéder.

Âgé de 48 ans, originaire du quartier Limoilou, Bruno Marchand est issu du milieu caritatif. Il a dirigé l’Association québécoise de prévention du suicide, avant de passer à Centraide en 2014. En sept ans à la tête de l’organisme, il a fait passer les récoltes de l’organisation de 12 à 17 millions de dollars. En sept mois de campagne, les intentions de vote qu’il a récoltées ont connu le même genre de progression.

Sa campagne a connu une remontée fulgurante : de 12 % le 12 octobre, ses appuis ont grimpé à 22 % le 30 octobre. La veille du vote, un ultime coup de sonde est venu le placer à égalité avec la meneuse : Bruno Marchand, comme Marie-Josée Savard, récoltait alors 31 % des intentions de vote.

Un « nouveau ton » à Québec

Le nom de Bruno Marchand a commencé à circuler dans les milieux au printemps. En avril, avant même que l’ex-maire Labeaume n’annonce son retrait de la politique, il a confirmé les rumeurs et annoncé son intention de briguer la mairie sous la bannière de Québec forte et fière (QFF). À l’époque, M. Marchand disait souhaiter amener un « nouveau ton » à Québec, marqué par son « leadership positif » et son « caractère rassembleur ». Il insistait sur l’importance de mettre fin aux « chicanes » auxquelles était associé le maire sortant. Il avait dû revoir ce discours avec l’entrée en scène de Marie-Josée Savard, ex-vice-présidente du comité exécutif et figure beaucoup plus tempérée que Régis Labeaume.

Bruno Marchand a fait de la mise en valeur des quartiers un thème central de sa campagne. Dans un contexte post-pandémique, il a dit vouloir rompre avec l’approche de M. Labeaume — axée sur les grands projets centralisateurs — en dotant chacun des 21 districts d’une rue commerciale animée.

Favorable au projet de tramway, il a néanmoins suggéré d’y apporter une série de modifications. Certaines, comme la réduction des coupes d’arbres prévues, ont été qualifiées d’irréalistes par ses adversaires.

Le chef de QFF a trébuché en se montrant ouvert à une « taxe tramway » — pour ensuite se positionner plus clairement en faveur d’une redevance sur les nouveaux projets immobiliers le long du parcours du tramway, à l’image de celle imposée par Québec sur le parcours du REM.

Il n’a par ailleurs pas voulu prendre position sur le troisième lien, jugeant qu’il était « prématuré » de le faire, étant donné le caractère changeant du projet, mené de front par le gouvernement Legault.

 

Troisième mandat pour Lehouillier à Lévis

À Lévis, Gilles Lehouillier a été réélu sans difficulté face à Elhadji Mamadou Diarra, du parti Repensons Lévis. Au moment où ces lignes étaient écrites, ce parti créé au cours des derniers mois avait récolté 20 % des appuis. Quant aux trois autres candidats qui étaient dans la course, Maryse Labranche, Chamroeun Khuon et André Voyer, leurs appuis étaient sous la barre des 3 %. M. Lehouillier l’a toutefois emporté avec une majorité moins forte qu’en 2017, où il avait récolté pas moins de 92 % des voix face à l’indépendant André Voyer, qui était de nouveau dans la course en 2021. L’équipe de M. Lehouillier, qui occupait tous les sièges au conseil municipal au cours du dernier mandat, semblait en outre en voie de répéter ce scénario dimanche, ses candidats étant en avance dans tous les districts.


À voir en vidéo