La course à la succession de Labeaume se corse

Photo: Renaud Philippe Le Devoir

Après avoir peiné à décoller, la campagne de Bruno Marchand à la mairie de Québec a finalement eu le sursaut qu’elle espérait cette semaine, un sondage le plaçant à égalité avec Jean-François Gosselin. Or, à l’approche du scrutin, ce dernier a, lui aussi, une nouvelle carte dans son jeu.

Jeudi matin, Le Journal de Québec rendait public un sondage Léger attribuant 22 % des intentions de vote à Bruno Marchand, du parti Québec forte et fière. Un bond de 9 points depuis juin, qui le place à égalité avec M. Gosselin (Québec 21) et à moins de 10 points de pourcentage de la meneuse, Marie-Josée Savard, du parti du même nom (31 %). Jean Rousseau et Jackie Smith suivent avec respectivement 5 % et 4 % des appuis.

Jusqu’à tout récemment, l’Équipe Marie-Josée Savard n’avait pas vraiment été inquiétée. Héritière du legs d’un maire archipopulaire, Mme Savard menait une campagne axée sur la compétence et la continuité.

Une image rassurante que sa contre-performance au débat de Radio-Canada, la semaine dernière, est venue ébranler.

À Québec, même ceux qui n’ont pas écouté le débat ont entendu parler de son score de 4 sur 10 au jeu-questionnaire organisé par la station pour mesurer les connaissances des candidats sur la ville.

Restait à savoir à qui sa déconvenue allait profiter. Cette semaine, les quatre autres candidats lui ont tous reproché son manque de transparence parce qu’elle ne rendait pas publique une correspondance entre la Ville et le ministère de l’Environnement sur l’impact du tramway dans le quartier Montcalm.

Toute la semaine, elle a répété que la diffusion des documents n’était pas de son ressort, jusqu’à ce que l’histoire s’arrête mercredi, quand la Ville a tenu une conférence de presse sur le sujet.

« Qu’est-ce qu’il y avait de si compliqué à partager cette info-là ? » a demandé Bruno Marchand depuis le parvis de l’hôtel de ville, juste après la conférence de presse. « On peut-tu être transparent ? Donner l’info aux citoyens ? »

Plus tôt dans la semaine, M. Marchand avait aussi attaqué de façon frontale le projet de métro léger que M. Gosselin propose de lancer pour remplacer le tramway. « Selon des calculs optimistes, le projet de métro VALSE serait livré en 2031, soit près de quatre ans après les délais prévus pour le tramway. M. Gosselin n’a donc pas raison de dire que son projet sera livré dans les temps », a-t-il dit. Une information depuis validée par le directeur de projet du réseau structurant Daniel Genest. 

En refus du tramway

Or Jean-François Gosselin a hérité d’un nouvel angle d’attaque jeudi quand Le Journal de Québec a révélé que le tramway allait coûter 600 millions de dollars de plus que prévu. « Québec 21 est le seul parti qui peut arrêter ce projet de tramway là », a-t-il lancé en clôture d’un débat radiophonique jeudi au FM-93.

Depuis le début de la campagne, ses adversaires avaient peu parlé du VALSE, une façon comme une autre d’en remettre en question la crédibilité. En s’y attaquant, M. Marchand cherchait à s’imposer à la place de M. Gosselin comme principale solution de remplacement à Mme Savard.

La démarche ne s’est pas révélée si facile puisque M. Gosselin a gagné en aplomb depuis la campagne de 2017. À l’exception de sa sortie maladroite sur un éventuel quatrième lien, il a fait preuve d’une bonne connaissance des dossiers de la Ville durant la campagne, ce qui lui a valu d’ailleurs un 8 sur 10 lors du fameux jeu-questionnaire de Radio-Canada.

Photo: Francis Vachon Le Devoir Jeudi matin, «Le Journal de Québec» rendait public un sondage Léger attribuant 22% des intentions de vote à Bruno Marchand, du parti Québec forte et fière, un bond de 9 points depuis juin.

Il a en outre épousé des causes plus au centre gauche (transport en commun, logement social) dans l’espoir de rallier un bassin plus large de partisans. La présence d’un candidat climatosceptique dans ses rangs (Claude Duplessis dans Saint-Louis–Sillery) est toutefois venue rappeler qu’il avait tenu le même genre de discours en 2017.

Certains liens ont également été rompus. Comme son association avec la station CHOI-FM où, comme nous l’écrivions en juin, les Jeff Fillion et compagnie ont accueilli froidement son projet de train léger et ne font pas campagne pour lui, d’autant plus qu’il n’a pas dénoncé à l’automne la décision de Régis Labeaume de ne pas leur acheter de la publicité. Jeff Fillion a d’ailleurs déjà dit qu’il considérait que Bruno Marchand « ferait un bon maire ».

Radio X accueillait justement les candidats pour un énième débat jeudi. Seulement cette semaine, ils ont pris part à au moins quatre joutes en public.

L’une des questions les plus fécondes a été posée lors d’un débat à CKIA mercredi matin, quand l’animatrice Marjorie Champagne leur a demandé pour quelle proposition ils avaient eu le plus grand « courage politique ».

Dans l’ordre, Bruno Marchand a parlé de son engagement à réduire les inégalités sociales. Marie-Josée Savard, elle, a soutenu que le véritable courage consistait à prendre des engagements qu’on était capable « d’amener à bon port ».

Jackie Smith a, par la suite, évoqué sa promesse de réduire la place des voitures en ville et de serrer la vis aux promoteurs en matière de logement social. Jean-François Gosselin a quant à lui soutenu que les 50 et quelques engagements qu’il avait pris ne relevaient pas du courage mais étaient « logiques » parce qu’ils répondaient aux besoins des citoyens. Enfin, M. Rousseau a parlé de sa promesse d’assujettir les promoteurs à de nouvelles obligations en matière de plantation d’arbres et de parcs publics.

Difficile d’évaluer l’effet de ces débats sur le vote. Au cégep Limoilou, le candidat Jean Rousseau s’est démarqué en interpellant directement les étudiants. Alors que tous les candidats restaient sagement derrière leur pupitre, il a pris l’initiative de se promener au centre de la scène chaque fois qu’on lui attribuait la parole.

Jouissant d’un certain succès d’estime pour la qualité de ses interventions, le conseiller de Cap-aux-Diamants stagne depuis le début à environ 5 % des appuis. À moins d’un virage inattendu, la question est maintenant pour lui de savoir s’il pourra conserver son siège grâce à son colistier.

La question se pose aussi pour Jackie Smith, du parti Transition Québec, qui aura aussi la possibilité de prendre le siège de sa colistière dans Limoilou si cette dernière est élue. Pour le jeune parti qu’elle a créé, ce serait déjà une victoire notable.

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