La sortie du troisième lien dans Saint-Roch réservée au transport en commun

Une autre sortie est prévue sur l’autoroute Dufferin-Montmorency, et la sortie principale du tunnel doit être aménagée près du Centre Vidéotron.
Photo: Nicolas McComber Getty Images Une autre sortie est prévue sur l’autoroute Dufferin-Montmorency, et la sortie principale du tunnel doit être aménagée près du Centre Vidéotron.

Le tunnel Québec-Lévis ne permettra plus aux automobilistes de sortir dans le quartier Saint-Roch, selon une version modifiée du projet qui vise à encourager les gens à troquer davantage la voiture pour le transport en commun. En mêlée de presse mardi, le ministre des Transports, François Bonnardel, a dit vouloir ainsi « répondre aux inquiétudes » face au projet.

Avec ces modifications d’abord révélées par Radio-Canada, il sera beaucoup moins avantageux pour un résident de la Rive-Sud de prendre sa voiture pour aller travailler au centre-ville de Québec, a concédé le ministre. « Le gain de temps pour l’automobiliste, c’est de changer de comportement et d’adopter le transport collectif. »

Le gouvernement souhaitait auparavant permettre aux véhicules en provenance de la Rive-Sud d’emprunter une sortie à l’est de la rue du Pont pour rejoindre le boulevard Charest. Cette sortie serait désormais réservée au transport collectif. Une autre sortie est prévue sur l’autoroute Dufferin-Montmorency, et la sortie principale du tunnel doit être aménagée près du Centre Vidéotron.

Aux yeux du maire sortant de Lévis, Gilles Lehouillier, le gouvernement a pris la bonne décision. « C’est une excellente nouvelle », a-t-il soutenu. Selon lui, la sortie dans le centre-ville était une « petite épine dans le pied » du projet. « Le tunnel, c’est pour relier des autoroutes ensemble. »

Dans le quartier Saint-Roch, le projet a donné lieu à une mobilisation importante, les résidents craignant un afflux de voitures massif dans leur milieu. Récemment, même le candidat à la mairie Jean-François Gosselin — partisan notoire du projet — avait émis des inquiétudes à ce sujet.

Le ministre Bonnardel a par ailleurs reconnu que ces modifications allaient faciliter le financement du projet par le gouvernement fédéral. « C’est certain que c’est un point non négligeable dans le financement d’avoir une approche encore plus forte pour le transport collectif. » Durant la campagne électorale, le gouvernement Legault avait demandé aux partis de s’engager à financer 40 % du projet.

 
9,45
C’est ce que pourrait coûter à l’État québécois le tunnel Québec-Lévis, en milliards de dollars, selon les dernières estimations rendues publiques par le gouvernement.

Ce changement ne rend pas le projet acceptable pour autant, selon la professeure en aménagement du territoire Marie-Hélène Vandermissen. « Le reste du projet demeure un projet du passé. Ça ne règlera pas du tout les problèmes de congestion, au contraire », avance la chercheuse de l’Université Laval.

« C’est un pas dans la bonne direction », observe pour sa part son collègue Jean Dubé, du Centre de recherche en aménagement et développement de l’Université Laval. « On est encore loin de la solution. […] Tant qu’on va se borner à résoudre des problèmes de congestion en ajoutant des autoroutes, ça ne marchera pas. »

Au Parlement

Au Parlement, Québec solidaire a accueilli la décision comme une véritable victoire. « Ça prouve que quand on se mobilise, ça marche », a déclaré la députée de Taschereau, Catherine Dorion, qui milite depuis le début contre le projet. Mais il ne s’agit que d’un gain modeste, a-t-elle dit, puisque son parti souhaite l’abandon de l’ensemble du projet.

Dans le camp libéral, la cheffe Dominique Anglade a rappelé que la volonté de construire ce tunnel ne s’appuyait sur aucune étude démontrant qu’il allait permettre de réduire la congestion. « Honnêtement, j’espère que cette aberration-là ne verra pas le jour », a-t-elle dit.

Mardi, le ministre Bonnardel a par ailleurs soutenu que les changements n’auraient pas d’impact sur l’échéancier du projet ou sur son budget. Selon les dernières estimations rendues publiques par le gouvernement, le tunnel Québec-Lévis pourrait coûter jusqu’à 9,45 milliards à l’État québécois. Contrairement à ce que le gouvernement avait promis en campagne électorale, la première pelletée de terre ne se fera pas avant les élections, mais au-delà de 2025. Des travaux « préparatoires » seront toutefois réalisés avant les élections, a souligné le ministre.

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