À Québec, une campagne électorale entre l’arbre et l’écorce

Un total de 651 arbres  matures doivent être abattus dans le cadre du projet de tramway de 3,3 milliards dont 186 sur le boulevard René-Lévesque.
Photo: Pascale Gueret Getty Images Un total de 651 arbres  matures doivent être abattus dans le cadre du projet de tramway de 3,3 milliards dont 186 sur le boulevard René-Lévesque.

Cette année, le sujet des arbres sera impossible à contourner sur le chemin qui mène à la mairie de Québec. En partie à cause du projet de tramway, mais aussi en raison des effets du confinement pandémique.

« La place des arbres dans la ville, c’est un sujet à haute sensibilité », dit Jean Rousseau, chef de Démocratie Québec, l’un des cinq candidats à la mairie. « Avec la pandémie, les gens se sont réapproprié leurs quartiers à pied ou à vélo. Il y a une volonté de se doter de trames vertes, d’espaces verts. L’environnement, les arbres constituent un enjeu majeur. »

Outre M. Rousseau, quatre personnes sont en lice pour succéder à Régis Labeaume : Marie-Josée Savard, d’Équipe Marie-Josée Savard ; Jean-François Gosselin, de Québec 21 ; Jackie Smith, de Transition Québec ; et Bruno Marchand, de Québec forte et fière.

La nature, un thème central

Cette semaine, Bruno Marchand s’est engagé à réduire de 60 à 70 % le nombre d’arbres qui doivent être abattus pour céder la place au tramway.

Un total de 651 arbres matures doivent être abattus dans le cadre de ce projet évalué à 3,3 milliards de dollars, dont 186 sur le boulevard René-Lévesque ; c’est l’un des grands irritants qui minent l’acceptabilité sociale du projet. Une pétition en ligne pour sauver ces arbres est d’ailleurs sur le point d’atteindre son objectif de 25 000 signatures. « Merci d’appuyer la sauvegarde de ces arbres irremplaçables, écrivent ses auteurs. Ne tuons pas la beauté du monde. »

« Les citoyens nous en parlent, c’est incroyable à quel point les arbres s’invitent dans la campagne électorale », observe Jean-François Gosselin, de Québec 21. Selon lui, la proposition de Bruno Marchand n’est pas réaliste. « Ils n’ont pas le choix de les abattre. Un tramway en insertion urbaine, c’est ça que ça fait. […] La seule façon de garder une partie des arbres, c’est d’enlever des voies de circulation automobile. » Pour épargner les arbres et les automobilistes, M. Gosselin suggère donc d’abandonner le projet de tramway et d’investir dans son projet de métro léger, le VALSE.

Marie-Josée Savard, de son côté, voit mal comment on pourrait réduire le nombre de coupes. « Si on a un arbre qui est coupé, c’est qu’on ne peut vraiment pas faire autrement », dit-elle en soulignant que la Ville s’est basée sur des avis d’experts pour estimer le nombre d’arbres sacrifiés. « Je pense qu’on est allés au maximum. On se fie à la science. »

Elle aussi a remarqué à quel point la canopée s’est politisée ces dernières années. « Dans mon premier mandat, en 2009, cette sensibilité-là était beaucoup moins présente. » En tant que responsable de l’aménagement du territoire dans l’administration Labeaume, elle dit avoir dû acquérir l’équivalent d’un diplôme en foresterie afin de maîtriser cette question.

Pour sa part, la cinquième candidate, Jackie Smith, de Transition Québec, est loin d’être indifférente à la question. Le nom de son parti le dit : il a comme priorité la transition écologique. Elle s’est déjà prononcée pour qu’on réduise des voies de circulation le long de la voie de tramway plutôt que d’abattre des arbres.

Des débats à venir

Mme Smith a d’ailleurs proposé cette semaine de créer une escouade mobile qui empêcherait les voitures de se stationner dans les pistes cyclables. Questionnés sur cette proposition, les autres candidats avaient peu de choses à dire.

Pour l’heure, les candidats se concentrent sur leur propre programme et débattent peu de ceux des autres. Les vrais débats restent à venir.

On a toutefois eu un avant-goût cette semaine de ce qui nous attendait quand Bruno Marchand s’est dit ouvert à l’imposition d’une taxe spéciale pour les propriétés situées le long du tracé du tramway. La proposition a été dénoncée en bloc par Mme Savard, M. Gosselin et M. Rousseau, qui ont tous fait valoir qu’ils n’allaient pas, eux, alourdir le fardeau fiscal des citoyens. Dans ce qui présentait les signes d’un recul, M. Marchand a annoncé le lendemain qu’il n’y aurait pas de taxe, mais qu’il souhaitait évaluer un modèle de redevances semblable à celui du REM montréalais.

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