Labeaume s’accroche au projet de tramway et pourfend le BAPE

Faisant face à un rapport du BAPE très critique sur le projet de tramway, le maire de Québec Régis Labeaume a répliqué lundi par l’attaque et fait savoir que son projet allait de l’avant malgré tout.

« Tronqué », « tordu », « biaisé », « rempli d’incohérences »… M. Labeaume a tiré à boulets rouges, lundi, sur le rapport rendu public par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

Il a même affirmé que le rapport « niait la science » parce qu’il n’était pas basé sur la « science du transport collectif ».

M. Labeaume et son équipe reprochent au rapport de laisser entendre que ce sont eux qui ont limité l’enveloppe budgétaire du projet à 3,3 milliards de dollars. « C’est le gouvernement qui a décidé qu’il n’y avait pas une cenne de plus. » Ils auraient aussi voulu qu’il mentionne que la majorité des participants aux audiences étaient généralement favorables au projet, entre autres.

« J’ai la conviction que c’est le bon projet », a dit le maire. « Je ne me sens pas menacé. On continue à faire ce qu’on avait prévu. »

Le rapport de près de 500 pages critique sévèrement le projet de transport de 3,3 milliards et recommande au gouvernement de ne pas l’approuver sous sa forme actuelle.

« Le transfert modal de l’automobile vers le transport collectif espéré à la suite de l’implantation du tramway apparaît modeste en regard des investissements prévus de 3,3 G$», peut-on lire dans le document.

Au gouvernement de trancher

Rappelons que le BAPE a pour rôle de conseiller le ministre de l’Environnement. Il appartient donc au ministre Benoit Charette de décider si le projet ira de l’avant ou non. Lundi, son cabinet a annoncé qu’il réagirait au document « plus tard cette semaine ».

Jusqu’à présent, la position du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) dans ce dossier s’est révélée ambiguë. Si la CAQ s’est engagée à financer le projet à la hauteur de 1,8 milliard de dollars, elle l’a aussi souvent critiqué en laissant entendre qu’il ne desservait pas suffisamment les banlieues, notamment.

En août dernier, le maire Labeaume avait d’ailleurs mis en doute publiquement l’appui du gouvernement à ce projet.

Lundi, par contre, il n’a pas voulu spéculer sur ce que fera le gouvernement de la CAQ. Il a toutefois rappelé que le rapport du BAPE sur le Réseau express métropolitain était aussi très critique, mais que le gouvernement était allé de l’avant malgré tout.

L’administration Labeaume entend par ailleurs multiplier les activités de communication sur le projet cette semaine. Une rencontre de presse aura lieu sur les mesures que la Ville entend prendre pour limiter l’impact de l’abattage d’arbres matures le long du tracé, sujet très délicat auprès de la population.

Le maire a aussi annoncé que le directeur du bureau de projet, Daniel Genest, allait répliquer à « toutes les questions » et à « tous les avis » du BAPE lors d’une rencontre avec les journalistes mercredi.

100 millions dépensés

De son côté, l’opposition à la Ville de Québec criait victoire et demandait à l’administration Labeaume de cesser immédiatement toutes les dépenses liées au projet de 3,3 milliards.

« C’est le plus grand échec politique de Régis Labeaume », a déclaré le chef de Québec 21, Jean-François Gosselin, lors d’un point de presse lundi. « Le rapport est dévastateur. »

M. Gosselin demande notamment à la Ville d’interrompre la campagne publicitaire de 2,5 millions de dollars qu’elle a lancée pour faire la promotion du projet. Cette campagne, dit-il, est « mensongère ».

Contrairement au maire et à son équipe, M. Gosselin a multiplié les félicitations aux auteurs du BAPE et vanté leur « rigueur ».

Selon ce qu’a dit le maire lundi, environ 100 millions ont déjà été investis dans le projet pour financer, notamment, des études et le travail du bureau de projet.

L’autre parti d’opposition à la Ville, Démocratie Québec, voit aussi dans ce rapport un « désaveu » du maire de Québec. Son chef, Jean Rousseau, y voit une « gifle » pour M. Labeaume et suggère que le bureau de projet du tramway soit fusionné avec celui du troisième lien afin de créer un véritable réseau régional, incluant Lévis.

M. Gosselin compte lui aussi proposer son propre projet de transport collectif, mais il dit attendre les présentations du gouvernement sur le troisième lien pour le faire.

Les critiques du du BAPE en résumé

Des alternatives rejetées trop vite. La comparaison faite par la Ville entre le tramway et le métro est « trop incertaine pour servir de critère de décision » et « l’option du métro léger n’a pas été convenablement considérée ».

Beaucoup de transfert par autobus. À défaut de s’étendre loin en périphérie, le projet propose de relier au tracé plusieurs parcours d’autobus secondaires. Or « cette stratégie impose aux usagers de nouvelles correspondances qui peuvent s’avérer pénibles et même répulsives pour ceux qui ont l’option d’une voiture ».

Loin de l’aéroport et des gares. Le tracé manque d’interconnectivité. Si la gare d’autobus de Sainte-Foy doit y être reliée, ce n’est pas le cas de la gare centrale ni de l’aéroport.

Un effet sur l’achalandage qui reste à mesurer. Depuis l’abandon du trambus et le remplacement des voies réservées par des métrobus, le bureau de projet n’a pas fourni d’estimations à jour de l’effet du projet sur l’achalandage.

De fausses consultations. Le rapport souligne qu’à partir du printemps 2018, les activités d’information et de consultation portaient sur un projet dont les grandes lignes « étaient déjà confirmées ».

Quel effet sur les gaz à effet de serre ? Les documents présentés ne permettent pas de juger de l’effet positif que le projet aurait sur les cibles gouvernementales de réduction des gaz à effet de serre.

L’inconnue de la COVID-19. La COVID-19 et le télétravail ont modifié les habitudes de milliers de travailleurs, dans bien des cas de façon durable. Il faudrait dès lors mener des analyses précises pour évaluer l’effet que cela aura sur la demande en transport en commun.


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